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Lutte intégrée contre les nuisibles : l’essentiel

Opérateur de lutte antiparasitaire examinant la cuisine avec une lampe de poche
©lightfield studios

La lutte intégrée contre les nuisibles, ou IPM (du sigle anglais pour Integrated Pest Management), est un processus. Il permet de résoudre les problèmes de nuisibles tout en minimisant les risques pour les personnes et l’environnement. La gestion intégrée des ravageurs peut être utilisée pour gérer toutes sortes de nuisibles n’importe où – dans les zones urbaines, agricoles, sauvages ou naturelles.

Par Hélène Frontier

Lutte intégrée contre les nuisibles : définition

La lutte antiparasitaire intégrée (IPM) est un processus décisionnel scientifique qui combine des outils et des stratégies pour identifier et gérer les nuisibles (cafard, souris, rat, punaise de lit…). Il s’agit d’une approche durable de la gestion des nuisibles qui combine des outils biologiques, environnementaux, physiques et chimiques. Cette combinaison minimise les risques économiques, sanitaires et environnementaux.

Les organismes nuisibles sont tous les organismes (plantes, animaux et micro-organismes) qui présentent des risques pour la santé, l’environnement, l’économie ou l’esthétique. Un organisme nuisible dans un environnement peut être bénin ou bénéfique dans d’autres. La lutte intégrée contre les nuisibles est pertinente dans tous les domaines où des nuisibles peuvent exister : agriculture, forêts, parcs, refuges fauniques et bases militaires, zones résidentielles et publiques (écoles, logements publics…).

La gestion intégrée des nuisibles offre des avantages économiques, sanitaires et environnementaux. Les professionnels qui pratiquent la lutte intégrée utilisent leurs connaissances sur la biologie des nuisibles et des hôtes. Ils combinent ces connaissances avec de la surveillance biologique et environnementale pour répondre aux problèmes de nuisibles avec des tactiques de gestion conçues pour :

  • prévenir des niveaux inacceptables de dommages causés par les nuisibles ;
  • minimiser les risques pour les personnes, les biens, les infrastructures, les ressources naturelles et l’environnement ;
  • et réduire l’évolution de la résistance des nuisibles aux biocides et autres pratiques de lutte antiparasitaire.

Comment fonctionnent les programmes de lutte intégrée contre les nuisibles ?

L’IPM n’est pas une méthode unique de lutte antiparasitaire. Mais il s’agit plutôt d’une série d’évaluations, de décisions et de mesures de contrôle. Dans la pratique, les opérateurs sont conscients du potentiel d’infestation par des nuisibles. Ils suivent donc une approche à quatre niveaux.

Définir les seuils d’action

Avant de prendre toute mesure de lutte antiparasitaire, l’IPM définit d’abord un seuil d’action. C’est un point au-delà duquel les populations de nuisibles ou les conditions environnementales indiquent qu’il faut mettre en place une action de lutte antiparasitaire. L’observation d’un seul nuisible ne signifie pas toujours qu’un contrôle est nécessaire. Le niveau auquel les nuisibles deviendront une menace économique est essentiel pour guider les futures décisions de lutte antiparasitaire.

Surveiller et identifier les nuisibles

Il n’est pas nécessaire de contrôler tous les insectes, mauvaises herbes et autres organismes vivants (rats, souris…). De nombreux organismes sont inoffensifs et certains sont même bénéfiques. Les programmes de lutte intégrée contre les nuisibles visent à surveiller les parasites et à les identifier avec précision. De cette manière, des décisions de contrôle antiparasitaire appropriées pourront être prises en conjonction avec les seuils d’action. Ce monitoring et cette identification éliminent :

  • l’utilisation du mauvais type de biocide,
  • ou l’utilisation des biocides alors qu’ils ne sont pas vraiment nécessaires.

Prévention contre les nuisibles

Les programmes de lutte intégrée visent à gérer l’environnement (culture, pelouse ou espace intérieur) pour empêcher les nuisibles de devenir une menace. Dans une usine agro-alimentaire, cela peut signifier l’utilisation de méthodes de proofing, telles que l’herméticité des bâtiments, le nettoyage et l’exclusion pour éviter l’intrusion des rongeurs, par exemple. Ces méthodes de contrôle peuvent être très efficaces et rentables. En outre, elles peuvent présenter peu ou pas de risque pour les personnes ou l’environnement.

Lutte anti-nuisibles

Une fois que les seuils de surveillance, d’identification et d’action indiquent que la lutte antiparasitaire est nécessaire et que les méthodes préventives ne sont plus efficaces ou disponibles, les programmes de lutte intégrée évaluent alors la méthode de lutte appropriée à la fois en termes d’efficacité et de risque.

Des produits antiparasitaires les plus efficaces et les moins risqués sont choisis en premier. Cela inclut :

  • les produits chimiques hautement ciblés, tels que des phéromones pour perturber l’accouplement des nuisibles,
  • ou un contrôle mécanique, tel que le piégeage (ou le désherbage).

Si une surveillance plus poussée, des identifications et des seuils d’action indiquent que les contrôles moins risqués ne fonctionnent pas, alors des méthodes supplémentaires de lutte contre les nuisibles seront employées, telles que la pulvérisation d’insecticide. La pulvérisation généralisée d’insecticides non spécifiques est le dernier recours.

Lire également : Les produits anti-nuisibles, désormais plus sûrs

Les programmes de lutte intégrée contre les nuisibles combinent des approches de gestion pour une plus grande efficacité

Le moyen le plus efficace et à long terme de lutter contre les nuisibles consiste à utiliser une combinaison de méthodes qui fonctionnent mieux ensemble que séparément. Les approches de gestion des nuisibles sont souvent regroupées dans les catégories suivantes.

Contrôle biologique

La lutte biologique est l’utilisation d’ennemis naturels (prédateurs, parasites, agents pathogènes et concurrents) pour lutter contre les nuisibles et leurs dégâts. Les invertébrés, les agents pathogènes des plantes, les nématodes, les mauvaises herbes et les vertébrés ont de nombreux ennemis naturels. Certains opérateurs de lutte antiparasitaire utilisent par exemple des rapaces pour effaroucher les volatiles, ou encore des furets pour chasser le rat. Autre exemple, on peut utiliser des insectes auxiliaires dans une lutte intégrée contre les insectes nuisibles des denrées stockées.

Mesures environnementales

Ce sont des pratiques qui réduisent l’établissement, la reproduction, la dispersion et la survie des nuisibles. Par exemple, la propreté, la gestion des déchets, le rangement des zones de stockages, l’élaboration de zones dégagées en périphérie de bâtiments, peut réduire les problèmes de rongeurs.

Lire également : Prévenir les infestations de rongeurs en 3 étapes

Contrôles mécaniques et physiques

Les contrôles mécaniques et physiques :

  • tuent directement un nuisible,
  • bloquent les nuisibles,
  • ou rendent l’environnement inadapté.

Les pièges à rongeurs sont des exemples de contrôle mécanique. Les contrôles physiques comprennent des paillis pour la gestion des mauvaises herbes, la stérilisation à la vapeur du sol pour la gestion des maladies ou des barrières telles que des écrans pour empêcher les oiseaux ou les insectes d’entrer.

Lutte chimique contre les nuisibles

La lutte chimique consiste à utiliser des biocides. Dans l’IPM, les biocides ne sont utilisés qu’en cas de besoin et en combinaison avec d’autres approches pour un contrôle plus efficace à long terme. On sélectionne et on applique les biocides de manière à minimiser leurs effets nocifs possibles sur les personnes, les organismes non ciblés et l’environnement.

Avec la lutte antiparasitaire intégrée, on utilise le biocide :

  • le plus sélectif pour faire le travail,
  • et le plus sûr pour les autres organismes et pour la qualité de l’air, du sol et de l’eau.

Il est nécessaire d’utiliser des biocides dans les points d’appâtage plutôt que des pulvérisateurs. En protection des plantes, il est préférable de pulvériser quelques mauvaises herbes plutôt qu’une zone entière.

Sources : EPA | USDA

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