Science & Biodiversité

Déclin des insectes volants : les Britanniques sont invités à ne plus les tuer

Insecte volant en déclin sur fleur de tournesol
©Gilles Frontier

Le déclin des insectes volants au Royaume-Uni est flagrant. Face à ce constat, les associations de protection de la nature Buglife et Kent Wildlife Trust demandent aux Britanniques de ne pas tuer les mouches, les guêpes et les abeilles qui pourraient pénétrer dans les maisons cet été. 

Par Hélène Frontier

Avec les températures estivales, les insectes volants entrent beaucoup plus facilement dans nos maisons. Nous les chassons volontiers dans une vaine tentative de les écraser. Mais cette année, on demande aux gens de ne pas les tuer, car leur nombre diminue. Une nouvelle étude révèle en effet que la population d’insectes volants au Royaume-Uni a chuté de 60 % au cours des 20 dernières années…

Abeille sur fleur blanche

©Gilles Frontier

Déclin des insectes : une étude alarmante

Une équipe de chercheurs du projet Buglife, en collaboration avec le Kent Wildlife Trust, a trouvé des preuves suggérant que le nombre d’insectes volants au Royaume-Uni a considérablement diminué au cours des dernières années. Le groupe a publié un rapport technique sur ses conclusions.

Selon l’étude Bugs Matter, le nombre d’insectes volants a diminué de 60 % au Royaume-Uni au cours des deux dernières décennies. L’Écosse a enregistré une baisse moindre, mais toujours significative, de 28 %. Le Musée d’histoire naturelle indique que les données ont été comparées à une étude similaire datant de 2004.

Selon Paul Hadaway, directeur de la conservation au Kent Wildlife Trust, les résultats de l’étude Bugs Matter devraient nous choquer et tous nous inquiéter pour la biodiversité. « Nous assistons à un déclin des insectes, dit-il. Cela reflète les énormes menaces et la perte de la vie sauvage de manière plus générale dans tout le pays. Ces déclins se produisent à un rythme alarmant. Et sans une action concertée pour y remédier, nous sommes confrontés à un avenir sombre. Les insectes et les pollinisateurs sont essentiels à la santé de notre environnement et de nos économies rurales. »

« Nous devons agir dès maintenant en faveur de l’ensemble de la faune et de la flore sauvages en créant des habitats plus nombreux et plus grands, en fournissant des corridors à travers le paysage et en permettant aux espaces naturels de se reconstituer » ajoute-t-il.

Que faire pour minimiser le déclin des insectes ?

Dans le passé, les internautes partageaient leurs techniques pour tuer les insectes volants à la maison. On voyait donc circuler sur la toile des pièges, des raquettes électriques et autres papiers tue-mouches… Mais face à des chiffres aussi surprenants, le mieux serait peut-être de chasser la malheureuse mouche ou la guêpe qui pénètrent dans votre maison plutôt que de les tuer.

Plutôt que de tuer les insectes, vous pouvez installer une maison d’insectes dans votre jardin. Vous pouvez aussi privilégier l’herbe plutôt que le gazon synthétique. Parmi les autres mesures, on recommande de tondre la pelouse moins régulièrement (car l’herbe plus longue offre un refuge à plus d’insectes). Vous pouvez également créer un tas de bois pour que les coléoptères puissent le grignoter.

Lire également : Que deviennent les insectes nuisibles en hiver ?

Les effets de la diminution du nombre d’insectes

Le Muséum d’histoire naturelle dresse un tableau assez sombre de la gravité des effets sur notre monde si nous continuons à voir baisser le nombre d’insectes : « Le déclin des insectes affecte tous les grands groupes. Au cours des prochaines décennies, pas moins de 40% des espèces du monde pourraient disparaître, y compris les abeilles, les fourmis et les papillons. »

Certains de ces insectes représentent les pollinisateurs les plus importants des plantes. Les plantes sont pollinisées de différentes manières. Mais les plantes cultivées pollinisées par les insectes telles que les pommes, les poires, les concombres, les pastèques et les amandes deviendront beaucoup moins productives sans pollinisateurs. Elles pourraient être complètement condamnées.

L’impact de la perte d’insectes va bien au-delà de nos approvisionnements alimentaires, avertit le musée. En effet, des animaux tels que les oiseaux qui en dépendent pour se nourrir seront également touchés.

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Insectes : un déclin visible à l’œil nu…

C’est le comptage des insectes sur les plaques d’immatriculation des véhicules qui montre que le nombre d’insectes volants a considérablement diminué.

Buglife est une organisation caritative de conservation de la nature basée au Royaume-Uni. Elle se concentre principalement sur la préservation des pollinisateurs et des habitats d’eau douce. Dans cet effort, le groupe a noté que la plupart des études sur le nombre d’insectes volants se concentrent sur la distribution plutôt que sur la population totale. Pour en savoir plus sur l’abondance de ces créatures au Royaume-Uni, ils ont créé une application pour smartphone appelée Bugs Matter à l’usage des citoyens.

Les utilisateurs ont dû nettoyer leurs plaques d’immatriculation avant de partir en voyage dans leur véhicule. Puis ils ont photographié et compté le nombre d’insectes retrouvés morts sur les plaques à leur retour. L’équipe de Buglife a ensuite reçu ces enregistrements. Et ils ont unifié les données sur une période donnée pour l’ensemble du Royaume-Uni, de 2004 à 2021.

Les chercheurs ont constaté que le nombre d’insectes enregistrés avait chuté de façon spectaculaire au cours de l’étude – le nombre total était inférieur de 58,5 % à la fin de l’étude par rapport au début. Le porte-parole de Buglife, Matt Shardlow, a décrit les découvertes à la presse comme « dramatiques et alarmantes ». Il a également noté que l’enquête montre que le nombre total d’insectes volants a diminué d’environ 34 % chaque décennie.

Pourquoi un tel déclin ?

Les scientifiques soupçonnent que le nombre d’insectes volants diminue dans le monde depuis plusieurs années en raison de :

Des travaux antérieurs ont suggéré que la population mondiale d’insectes volants pourrait être la moitié de ce qu’elle était il y a quelques décennies à peine. Ce nouvel effort semble étayer ces estimations.

Les chercheurs poursuivent leurs travaux sur le projet. Les bénévoles peuvent télécharger l’application Bugs Matter et enregistrer des données cet été du 1er juin à la fin août.

Source : étude Bugs Matter | Bugs Matter | Kent Wildlife Trust | Buglife 

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