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Rodonticides : des mésusages en augmentation en Grande Bretagne

Faucon crécerelle chassant une petite souris, prairie verte
©photocech

L’Angleterre remarque une augmentation soudaine et marquée des incidents sur la faune sauvage impliquant des rodonticides à base de brodifacoum. Ces incidents seraient dus à des négligences, ou à des abus intentionnels…

Par Hélène Frontier

La CRRU – Campagne pour une utilisation responsable des rodonticides (en Grande Bretagne) – rappelle que ces mésusages sont des infractions. Elle réagit avec une série de recommandations. Bien qu’elles s’adressent à un public britannique (désormais hors Union européenne), il nous semble opportun d’en faire part aux opérateurs de lutte antiparasitaire français. Attention cependant ! Si les réglementations concernant les rodonticides en France et au Royaume-Uni sont proches, elles sont différentes.

Rodonticides et mésusages : des incidents parmi la faune sauvage

Au Royaume-Uni, le Wildlife Incident Investigation Scheme (WIIS) enquête sur les décès d’animaux sauvages, d’animaux de compagnie et d’invertébrés bénéfiques. Il intervient lorsque des preuves suggèrent un empoisonnement ou une mise en danger par des pesticides.

Récemment, il a identifié une augmentation soudaine et marquée du nombre d’incidents impliquant un rodonticide puissant : du brodifacoum. On en retrouve chez les oiseaux de proie à des concentrations bien au-delà des niveaux létaux. Cela indiquerait donc :

  • une mauvaise utilisation par négligence,
  • ou un abus intentionnel pour nuire à la faune et cibler directement les oiseaux de proie.
Des taux élevés du rodonticide brodifacoum retrouvé parmi la faune sauvage

©RSPB (DR)

Le rapport Birdcrime 2021 de la Royal Society for the Protection of Birds (RSPB, la plus grande organisation pour la protection des animaux en Europe) pointe le brodifacoum comme une « menace émergente importante » pour les oiseaux de proie.

On lit ceci : « On ne peut utiliser les produits professionnels à base de brodifacoum légalement que dans et autour des bâtiments (en Grande-Bretagne, NDLR), pour atténuer leur impact sur la campagne au sens large. Cependant, ce n’est pas toujours le cas. Ces dernières années, plusieurs rapaces ont été retrouvés morts en pleine campagne. Ils contenaient des traces de cette molécule rodonticide. Même les niveaux sublétaux trouvés chez les oiseaux de proie – peut-être récupérés par les charognards – indiquent que ce poison pénètre largement dans la chaîne alimentaire.

« Le brodifacoum se trouve maintenant chez les oiseaux de proie à des concentrations bien au-delà des niveaux létaux. C’est inquiétant. L’utilisation abusive de rodonticide est une infraction pénale. Mais il est également de plus en plus préoccupant que les criminels soient désormais pleinement conscients de l’efficacité du brodifacoum pour cibler délibérément la faune ».

Vers des restrictions d’usage des rodonticides ?

L’abus constant et le détournement des rodonticides risquent de déboucher sur une réglementation plus restrictive.

Dr Alan Buckle, président de la CRRU (Royaume-Uni)

Le Dr Alan Buckle est le président de la Campagne pour une utilisation responsable des rodonticides (CRRU) au Royaume-Uni. Il avertit que l’abus constant et le détournement des rodonticides risquent de déboucher sur une réglementation plus restrictive qu’elle n’est déjà. « Cela pourrait signifier que certains groupes d’utilisateurs n’auront plus accès à ces produits, ou que certains scénarios d’utilisation ne seront plus autorisés, peut-être les deux », prévient-il.

« La mort récente et très médiatisée d’un oiseau de proie rare, par exemple, est le résultat d’un tel incident », continue-t-il. En effet, en 2022, un jeune pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla) a été retrouvé mort avec sept fois la dose mortelle du rodonticide brodifacoum.

Et le WIIS aurait des preuves de nombreux autres incidents impliquant d’autres espèces de rapaces.

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Rodonticide : les étiquettes indiquent les conditions d’utilisation

Sur toutes les étiquettes de produits rodonticides, les fabricants doivent inclure des instructions spécifiques requises par l’organisme de réglementation gouvernemental. Au Royaume-Uni, il s’agit du Health and Safety Executive (HSE). En France, c’est l’ANSES – et la réglementation est strictement la même à cet égard. Le non-respect des instructions d’utilisation des rodonticides, qu’il soit délibéré ou non, est illégal et expose les utilisateurs à des poursuites.

Ainsi, la CRRU clarifie la signification de trois phrases d’étiquette que certains utilisateurs comprennent souvent mal ou ignorent. Cette communication a pour objectif de lutter contre les empoisonnements d’animaux sauvages et d’aider les utilisateurs de rodonticides à éviter des poursuites. « Il s’agit de produits utilisés à l’extérieur, autour des bâtiments ou en pleine campagne, et dans les terriers de rongeurs », explique le Dr Buckle.

Lire également : Pièges rongeurs, efficaces pour les infestations de souris, d’après l’ECHA

Lisez toujours l’étiquette avant d’utiliser un rodonticide

Ces instructions essentielles s’appliquent à tous les utilisateurs de produits rodonticides qui portent ces phrases. La CRRU prépare également une fiche d’information sur les rodonticides. Elle la diffusera le plus largement possible au cours des six prochains mois au moins. Cela a pour objectif d’aider les utilisateurs à éviter des poursuites pour usage illégal, même involontaire. L’autre objectif est de protéger la disponibilité future des anticoagulants de deuxième génération.

Le Dr Buckle insiste : « l’abus constant et le détournement des rodonticides risquent de déboucher sur une réglementation plus restrictive ».

Le message principal de la CRRU est le suivant :

  • lisez toujours attentivement les étiquettes avant d’utiliser des produits rodonticides,
  • et respectez toutes les exigences applicables en matière d’étiquetage.

WIIS : une unité dédiée aux incidents parmi la faune sauvage

Wildlife Incident Investigation Scheme (WIIS) signifie « programme d’enquête sur les incidents parmi la faune sauvage« . Il fait partie de la Wildlife Incident Unit (WIU), l’unité britannique qui travaille spécifiquement sur ces questions.

Au cours d’une année, cette unité enquête sur environ 150 cas. Plus d’un tiers d’entre eux ont pour origine des pesticides (dont des biocides). Dans de nombreux cas, les personnes n’ont pas utilisé correctement les biocides. Cela peut parfois entraîner des mesures d’exécution, comme des poursuites pénales. Dans ces cas, l’équipe de la WIU peut fournir des déclarations de témoins experts.

La WIU utilise des techniques de chimie analytique puissantes. Elle teste des échantillons de tissus prélevés sur des animaux sauvages et autres lorsqu’on soupçonne un empoisonnement par pesticides. Elle peut tester des composés pesticides dans des tissus animaux, des formulations, du pollen, des insectes…

Les équipes de la WIU compilent et interprètent ces données. Celles-ci permettent d’enquêter sur la mort des animaux et les empoisonnements. Ces enquêtes et ces données éclairent à la fois la réglementation et les techniques de détection des pesticides.

Le WIIS publie les données pour le Royaume-Uni tous les trimestres. Elles sont notamment disponibles auprès de la Division de la réglementation des produits chimiques du Health and Safety Executive.

 

Sources : Think Wild Life | Wildlife Incident Investigation Scheme | Health and Safety Executive (HSE)

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