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Bien-être des rats : les méthodes de gestion n’en tiennent pas assez compte

souris sur poubelle
©Holger T.K.
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Selon une étude de l’Université d’Oxford, les méthodes de contrôle des rats ne tiennent souvent pas compte des impacts sur le bien-être des animaux. Les pièges à glu et les rodonticides anticoagulants seraient parmi les pires méthodes de gestion des rongeurs en ce qui concerne leur impact sur le bien-être des rats.

Auteur : Hélène Frontier

Des experts en lutte antiparasitaire, en bien-être animal et en médecine vétérinaire ont exploré l’impact que différentes méthodes de contrôle des rongeurs ont sur le bien-être des rats afin d’en faciliter le choix.

Bien-être animal : une étude évalue les impacts des méthodes de gestion des rats

Une étude a évalué les impacts relatifs au bien-être animal de six méthodes de contrôle des rongeurs. Le Dr Sandra Baker, chercheuse à l’Université d’Oxford, a réalisé cette étude, aux côtés d’un groupe d’experts en gestion de la faune, en gestion des rongeurs, en biologie des rongeurs, en science du bien-être animal, et en science et médecine vétérinaires.

Un modèle d’évaluation du bien-être, des données publiées et des connaissances d’experts ont permis d’évaluer et de comparer les méthodes de contrôle. Le but était de produire un score relatif d’impact sur le bien-être pour chacune. Les méthodes qui ont été évaluées sont :

  • le piégeage instantané mortel ;
  • les pièges à glu, suivi d’une commotion à la tête (commotion cérébrale) ;
  • le piégeage vivant (en cage), suivi d’une mise à mort par commotion cérébrale ;
  • deux types d’empoisonnement par rodonticide (anticoagulant et cholécalciférol);
  • et un appât en cellulose non toxique (qui perturbe le système digestif, entraînant une déshydratation mortelle).

Gestion des rongeurs : les principaux résultats de l’étude sur le bien-être des rats

Les pièges à glu et les trois méthodes d’appâtage (empoisonnement aux anticoagulants, au cholécalciférol, et la cellulose non toxique) ont des impacts élevés sur le bien-être des rats. Il faut les utiliser en derniers recours si l’on se place du point de vue du bien-être animal.

En comparaison, le piégeage en cage, suivi de l’abattage par commotion cérébrale, a de moindres impacts sur le bien-être des rats.

L’impact des pièges à ressort est très variable, et dépend des pièges. Mais des pièges à ressort de haute qualité pourraient aider à produire l’impact le plus faible. Par conséquent, ils obtiennent le meilleur résultat en matière de bien-être, s’ils sont utilisés de manière appropriée.

Quel impact pourrait avoir cette étude ?

La UFAW (Fédération des universités pour le bien-être animal) espère que ces résultats aideront les professionnels de la lutte antiparasitaire et le grand public à mieux comprendre et prendre en compte le bien-être des rats lors du choix des méthodes de lutte.

Elle a déclaré :

« On estime que plusieurs millions de rats – et de souris – sont tués chaque année dans le monde en tant que nuisibles. Deux méthodes sont couramment utilisées. Il s’agit d’abord des pièges à glu qui attrapent les rongeurs dans une couche de colle extrêmement forte. Il y a ensuite les rodonticides à base d’anticoagulants qui empêchent la coagulation du sang, et tuent les rats par hémorragie interne. Les pièges à glu et les anticoagulants peuvent entraîner des souffrances extrêmes. Or les rats sont des animaux sensibles, capables d’expériences négatives et positives.

« Dans la mesure du possible, toute souffrance doit être minimisée dans le contrôle des rats. Cependant jusqu’à présent, il existe très peu d’informations sur les impacts relatifs au bien-être animal avec les méthodes actuellement utilisées au Royaume-Uni (ou ailleurs, NDLR). Il est donc difficile de sélectionner la ou les méthodes qui ont le moins d’impact sur le bien-être des rats.

« Cette nouvelle recherche de l’Université d’Oxford, qui examine les impacts sur le bien-être des méthodes courantes de contrôle des rats, arrive à un moment important. En effet, le projet de loi sur les pièges à glu pourrait restreindre l’utilisation de ces dispositifs en Angleterre s’il passe en loi. Des restrictions similaires sont envisagées en Écosse et au Pays de Galles. »

Lire également : Interdiction des pièges à glu, la BPCA s’en remet à ses membres !

La BPCA réagit

Dee Ward-Thompson, responsable technique du syndicat britannique des entreprises de lutte antiparasitaire (BPCA), a déclaré :

« Cette recherche ajoutera sans aucun doute des éléments à la discussion sur le bien-être animal et la lutte antiparasitaire qui se déroule à tous les niveaux au Royaume-Uni (…). Les membres de la BPCA sont des professionnels de la lutte antiparasitaire hautement qualifiés qui font toujours preuve d’humanité dans le cadre de leur travail. Cependant, cette recherche sera un moyen utile de comparer les outils de notre boîte à outils en ce qui concerne leur impact sur le bien-être.

« La principale préoccupation du secteur sera toujours de protéger efficacement nos clients et la santé publique. Par conséquent, nous choisissons toujours la mesure de contrôle la plus humaine et la plus efficace. Une boîte à outils diversifiée protégera toujours mieux les gens. Chaque situation de gestion des nuisibles est différente. Nous devons donc reconnaître qu’il n’est pas toujours possible ou pratique d’utiliser uniquement les outils qui ont le moins d’impact sur le bien-être ».

Lire également : Législation des pièges à glu : La BPCA s’en mêle

Comprendre les impacts des méthodes de gestion sur le bien-être des rats

Le Dr Sandra Baker, auteure principale de l’article et chercheur à l’Université d’Oxford, a déclaré : « La gestion des rats représente peut-être la plus grande source d’impact anthropique sur le bien-être des animaux sauvages. Nos résultats aideront les professionnels de la lutte antiparasitaire et le public à réduire cet impact en intégrant mieux la prise en compte du bien-être animal aux côtés d’autres facteurs lors du choix d’une méthode de lutte contre les rats. »

Le Dr Huw Golledge, directeur général et directeur scientifique de l’UFAW a déclaré : « Ce travail est une étape importante dans la compréhension des impacts sur le bien-être animal de diverses méthodes de contrôle des rats. Sa force réside dans le niveau de convergence auquel sont parvenus les divers experts impliqués. On nous demande souvent des conseils sur la manière la plus humaine de contrôler les infestations de rats. Ces résultats nous donnent les informations dont nous avons besoin pour fournir des conseils sur les méthodes susceptibles d’avoir les effets les moins néfastes sur le bien-être des rats. Sur la base de cette recherche, nous avons entièrement mis à jour notre ressource de page Web, qui offre des conseils au public sur la façon de traiter les problèmes de rongeurs de la manière la plus humaine. »

Julian Kupfer, président des administrateurs de l’AWF (Fondation pour le bien-être animal), a déclaré : « Compte-tenu des discussions parlementaires en cours (en Grande-Bretagne, NDLR) sur les mesures de contrôle des rongeurs, nous estimons qu’il s’agit d’une contribution scientifique vraiment importante et opportune. Les rats ont un impact énorme et varié sur notre société. Les dommages qui en résultent, combinés au coût de leur contrôle, représentent une lourde charge financière pour les secteurs concernés. Cependant, les rats sont des êtres sensibles. Et les conséquences sur le bien-être des diverses méthodes de contrôle couramment utilisées ont toujours présenté un dilemme éthique vraiment inconfortable.

« Ce document faisant autorité fournit un regard objectif indispensable sur les impacts sur le bien-être des rats de ces méthodes de contrôle par des experts de diverses disciplines et de divers pays. Les résultats présentent une réelle avancée dans la compréhension de ces impacts sur le bien-être qui contribueront à façonner les approches, attitudes et recherches actuelles et futures en matière de contrôle des rongeurs. Cela devrait conduire à des mesures de gestion efficaces qui, en même temps, tiennent dûment compte du bien-être animal. »

Cette étude sur les impacts sur le bien-être animale des méthodes actuelle de contrôle des rats a été financée par :

  • Universities Federation for Animal Welfare (UFAW, la Fédération des universités pour le bien-être animal),
  • Animal Welfare Foundation (AWF, la Fondation pour le bien-être animal),
  • et la Fondation Elinor Patterson Baker.

Elle a également été soutenue par le projet UKRI ERA-NET RodentGate, le projet de contrôle des zoonoses des rongeurs UKRI MRC GCRF et le projet EcoRodMan de l’Union africaine.

Pour des conseils généraux et des conseils sur les actions préventives ainsi que la gestion humaine des infestations de rats ou de souris, visitez la page Web de l’UFAW (en anglais).

 

Sources : Université d’Oxford | UFAW | AWF | Elinor Patterson Baker Foundation | PPC Online (BPCA)

 

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