Environnement de travail

Bien-être et souffrance animale : quels impacts sur le métier des 3D ?

image d'un rat piégé dans un piège métallique
@Sanna Pixabay
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Temps de lecture estimé : 7 minutes

Le 14 décembre, le Dr Romain Lasseur, directeur général de l’institut indépendant de formation IZIPest, a présenté son Webinar mensuel gratuit devant une cinquantaine de « fidèles » participants. Le thème abordé était l’impact des notions de bien-être et de souffrance animale sur le métier de la lutte antiparasitaire. Un sujet cher à de plus en plus de concitoyens…

Romain Lasseur en formation certibiocide

Romain Lasseur | ©IZIPest

 En bref

  • Les professionnels de la gestion antiparasitaire régulent certaines espèces parce qu’elles ont un impact sur la santé publique. Ces activités impliquent souvent la mise à mort de l’animal.
  • La relation à l’animal change. Une partie de la société remet en cause un certain nombre d’activités impliquant des animaux. Ce sont surtout au sein de villes que ces mouvements prennent de l’ampleur.
  • Les activistes, notamment antispécistes, s’expriment à travers des images qui choquent les esprits. De nombreux « sans opinion » se laissent ainsi convaincre.
  • Désormais de l’émotion est versée sur la manière dont on va réguler les espèces envahissantes et certains Etats, comme la Suisse, interdisent déjà le piégeage par noyade ou l’utilisation des plaques de glu.
  • Ainsi, la place de l’animal dans notre société est et sera demain ce qui déterminera les pratiques et la façon dont les professionnels 3D rentreront en interaction avec l’animal.

Le Dr Lasseur les appelle les mouvements anti. Ils remettent en cause certaines coutumes et visent un certain nombre d’activités impliquant des animaux : corrida, cirque, chasse, élevage, boucherie, production et dégustation de foie-gras, tests à visée pharmaceutique… Est-ce que ces mouvements vont s’arrêter ? Vont-ils s’étendre aux pratiques de lutte antiparasitaire ? C’est une question qu’il est judicieux de se poser dès maintenant.

Quelle place pour l’animal ?

Pour apporter des éléments de réponses – ou de réflexions – le Dr Lasseur revient d’abord sur l’évolution de la place de l’animal dans la société. Ce rappel permet de comprendre comment et pourquoi l’homme a dominé l’animal au fil de son histoire. La domestication de l’animal lui permet d’abord de mieux chasser. Puis, l’homme évite la chasse grâce à l’élevage. Il obtient aussi des produits dérivés notamment avec le lait, facilite son agriculture avec les animaux de trait, et la distribution des denrées avec les bêtes de somme…

Chemin faisant, la cité s’organise et la relation à la terre change. Certains animaux sont devenus des compagnons de l’homme – les animaux de compagnie. Puis de plus en plus d’individus vivent dans des mégalopoles, où tout contact avec la nature est perdu. Accepter la mort de l’animal devient désormais difficile.

Selon Romain Lasseur, c’est l’organisation de la « super cité » qui donne naissance au concept de protection animale. « Nous avons séparé le lieu de production et le lieu de consommation, dit-il. Le monde urbain (qui consomme) et le monde rural (qui produit) ne se comprennent plus. » Déconnectés de la nature et de l’animal, les urbains ont souvent une vision individualiste et angélique du monde.

Dans le viseur des antispécistes

Les mouvements anti, majoritairement antispécistes, prennent de l’ampleur dans l’actualité, avec notamment des campagnes coup de poing qui choquent les esprits. Romain Lasseur les passe en revue (chasse, cirque, production de foie gras, corrida, industrie pharmaceutique, remise en cause de la production et de la consommation de la viande). Pour lui, ils cherchent à « évangéliser l’opinion le plus largement possible avec des photos chocs ».

L’association L 214 est un bon exemple de cette communication, un peu courte en matière d’arguments. « L’objectif est de convaincre par l’affect parce qu’on sait que les gens ne vont plus chercher les infos, indique le Dr Lasseur. Quand on reçoit des images, on considère que c’est de l’information qui nous parvient. Et celui qui n’avait pas vraiment d’idée sur un sujet devient plutôt contre. »

L’association Zoopolis a, pour sa part, placardé des affiches contre la régulation des rats dans les métros parisiens. Et l’on pourrait citer bien d’autres exemples. L’intention de l’expert est de souligner qu’au fond, « ces mouvements anti ont en commun d’être basés sur de la désinformation et menés par des groupuscules qui ont une certaine suprématie sur le plan médiatique ».

Or ils ne sont selon lui qu’un épiphénomène (c’est-à-dire le symptôme d’un phénomène plus grand). Le challenge mondial va en réalité au-delà : il est alimentaire. « Avec 11 milliards d’individus à nourrir à l’horizon 2100, il y a un enjeu mathématique de production et de distribution des denrées alimentaires sur fond de géopolitique, et tous les pays n’ont pas le luxe de se payer des antis », analyse-t-il.

Et nous dans tout ça ?

Dans le cadre de la lutte antiparasitaire, les professionnels régulent certaines espèces envahissantes parce qu’elles ont un impact sur la santé publique. A ce titre, le secteur reste en retrait de ces débats de société… pour l’instant. Selon Romain Lasseur, il semble assez évident que le technicien 3D est dans une relation de domination à l’animal, qu’il soit insecte, rongeur ou volatile, lorsqu’il pose un problème dans l’écosystème. Mais une partie non négligeable de la société remet en cause cette relation. Et c’est pour cette raison qu’il faut dès maintenant questionner les pratiques de gestion antiparasitaire.

Ces activités impliquent parfois – souvent – la lutte antiparasitaire à des fins de régulation des populations de nuisibles, c’est-à-dire la mise à mort de l’animal. Et comme il le dit, si la lutte antiparasitaire a une marge de manœuvre pour les insectes, la mise à mort des volatiles ou des mammifères est un vrai sujet de société aujourd’hui.

Déjà des réactions

Alors que l’enjeu sanitaire du pest control est clairement déterminé, certains militants défendent les droits des pigeons en ville, d’autres s’interposent lors des opérations de dératisations. « Les gens sont contre surtout quand ils ne sont pas concernés, ironise-t-il. Ce syndrome (qu’il appelle Not in my backyard) traduit l’individualisation d’une problématique collective ».

Il rappelle en outre que certains Etats, comme la Suisse, interdisent déjà le piégeage par noyade ou l’utilisation des plaques de glu. « On ne pourra donc pas dire qu’on n’avait pas vu arriver le truc, lance-t-il. La place de l’animal dans notre société est et sera demain ce qui déterminera nos pratiques et la façon dont nous rentrerons en interaction avec l’animal. »

Il faut donc selon lui anticiper ces questions, pour que « cette mouvance environnementale extrémiste trustée et médiatisée par des groupes de pression ne nous impose pas notre propre révolution interne. »

Lutte antiparasitaire et souffrance animale : Quelles solutions mettre en œuvre ?

La relation à l’animal change, surtout lorsqu’il ne s’agit pas d’une espèce nuisible. Trois quarts des clients seront bientôt des urbains qui ne connaitront plus la nature et seront à la racine de la fronde anti-biocide et plus généralement des questions de souffrance animale.

La CS3D (Chambre syndicale 3D) a déjà fait tout un travail pour professionnaliser le métier auprès des instances, des professionnels et du public. « Mais nous devons passer du statut d’applicateur au statut de biologiste, indique Romain Lasseur. Parce qu’on ne régule jamais mieux une espèce que quand on la comprend. » Il prône bien sûr la formation, pierre angulaire pour maitriser la biologie d’une espèce, savoir ce qu’il faut mettre en œuvre pour la réguler et pouvoir expliquer ce qu’on va faire.

C’est bien en effet souvent le défaut d’explication qui induit le doute chez le client. « Si on comprend soi-même et qu’on explique ce qu’on fait, le doute est levé, et le client accepte », indique le Dr Lasseur. La balance bénéfice risque sera comprise et accepté par le client (le bénéfice est la santé et le risque est la souffrance animale dans ce schéma).

Les techniques sur le terrain doivent aussi s’adapter : il recommande donc d’éviter certaines pratiques, comme l’utilisation des plaques de glu ou la capture par noyade, surtout dans des endroits accessibles aux employés ou au public. « Facebook est plus efficace que le tribunal de grande instance », assène-t-il. Mais cette société où les réseaux sociaux peuvent « flinguer » une réputation ne doit selon lui pas être vécue comme une menace. « Les gens sont en attente de ce type de discours, conseille-t-il. Si vous travaillez bien, si vous êtes précurseur et que ce n’est pas une simple posture pour drainer la clientèle, vous aurez un réel avantage sur vos concurrents. »

Source : Webinar gratuit

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