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Journées techniques de la CS3D 2022 à Pau : l’essentiel à savoir

Patrick-Les Journées Techniques de la CS3D 2022
©Blanc Sec Media

Plus de 160 professionnels de la lutte antiparasitaire réunis à Pau pour l’édition 2022 des Journées techniques de la CS3D ! 12 conférences sur 2 jours (les 20 et 21 octobre). En rendre compte dans un article d’une longueur raisonnable pour le lecteur – et l’auteure – est un défi de taille. Mais on ne recule devant rien ! Alors allons-y !

Par Hélène Frontier

Patrick Gravey, président de la Chambre syndicale des entreprises de Dératisation, désinsectisation et désinfection (CS3D) a ouvert les Journées techniques 2022. « Nous avons essayé de faire coller les Journées techniques de la CS3D à l’actualité technique et réglementaire qui est riche et dense », a-t-il indiqué. Des actualités souvent compliquées à appréhender pour l’ensemble de la profession. « Le but est aussi de professionnaliser notre métier, c’est le but de notre organisation », a ajouté le président dans le message fédérateur qu’il tient depuis maintenant 3 mandats. « Et en dernier lieu, et c’est sûrement le dossier le plus important de l’année qui va venir, nous nous sommes engagés à obtenir la certification CEPA pour l’intégralité de nos adhérents d’ici la fin 2023 », a-t-il enfin rappelé, comme pour donner le la de ces deux jours de conférences. Nous avons donc le programme, voyons maintenant en détail les faits marquants !

Journées techniques 2022 : ne parlons plus de lutte alternative

Changement de format pour certaines conférences qui bénéficient d’un certain dynamisme avec plusieurs « présentateurs ». Chacun traite une partie de la conférence en quelques minutes pour une présentation collaborative.

Pourquoi ne pas tout simplement revenir à la notion de lutte intégrée qui n’est pas un nouveau concept puisqu’il existe depuis les années 80 ?

Marie-Laure Biannic, Lodi Group

La première conférence portait sur les évolutions techniques de la boîte à outils du technicien applicateur. C’est 4 membres du collège Distributeurs de la CS3D qui ont fait cette présentation collaborative.

Collège distributeur aux Journees Techniques de la CS3D 2022

Membres du collège distributeur de la CS3D | ©Blanc Sec Media

Marie-Laure Biannic (Lodi Group) ouvre le bal avec les produits alternatifs : quels sont-ils, comment les définir ? Elle évoque cette question du choix des termes en indiquant que l’expression produits alternatifs laisse entendre que l’on peut remplacer les biocides. Il faut revenir à quelque chose de plus raisonnable et également de plus raisonné, selon elle. « Pourquoi ne pas tout simplement revenir à la notion de lutte intégrée qui n’est pas un nouveau concept puisqu’il existe depuis les années 80″, suggère-t-elle.

On peut la définir comme l’application rationnelle d’une combinaison de mesures biologiques, biotechnologiques, chimiques, physiques. En lutte intégrée, l’emploi des produits chimiques est limité au strict nécessaire, lorsque les nuisibles sont au-dessus du seuil et que des dommages ou des pertes économiques inacceptables apparaissent. Il ne s’agit pas de remplacer pour être au niveau zéro de produits chimiques. Mais il s’agit d’utiliser un ensemble de techniques qui va permettre d’arriver à un résultat.

Elle a ensuite expliqué les différentes stratégies de lutte antiparasitaire intégrée. Rendre l’environnement hostile, détecter la présence des nuisibles, les intercepter, perturber leur accouplement… Cette partie lui a permis de passer en revue plusieurs exemples passionnants, tel le lâcher de moustiques stériles sur l’Ile de la Réunion.

À la fin des présentations, il y a un moment d’échange avec le public. Cette approche est un succès car le public a des choses à dire. Les participants ont globalement bien interagi avec les conférenciers.

C’est ainsi que Marc Aubry (président de la CEPA) a pu évoquer la question du wording , discutée en haut lieu. Entendez par là le choix des mots. Il était alors question de l’expression lutte alternative, qui implique le remplacement des biocides, sans nommer ces derniers. Or il n’en est rien. On parle plutôt de lutte intégrée, qui englobe les biocides mais en dernier recours et dans une utilisation raisonnée. À la place de lutte alternative, il vaut mieux selon lui parler de méthodes complémentaires.

Marc Aubry prend la parole aux Journées Techniques de la CS3D 2022

Marc Aubry (président de la CEPA) prend la parole aux Journées Techniques de la CS3D 2022 | ©Blanc Sec Media

Les évolutions techniques de la boite à outils du technicien applicateur

Vincent Ergen (Armosa) a fait une courte intervention sur les répulsifs et les attractifs (type de produits 19). Il a redonné le cadre réglementaire. Il a notamment précisé les différences entre les produits de monitoring et les solutions qui contiennent un attractif vers un piège conçu pour tuer les nuisibles.

Michel Lefrançois (Edialux) a quant à lui évoqué les objets connectés de lutte anti-nuisibles, qui sont de plus en plus mis en place, en particulier sur les sites agroalimentaires. Il a passé en revue la majeure partie des pièges, et présenté les nouveautés qui arrivent sur le marché. Puis il a aussi expliqué les différents types de connexion tout en évoquant les problèmes de configuration, de protection des données et de coûts éventuels. « Il est important d’avoir des remontées d’informations et les objets connectés peuvent aider à faire ce travail », a-t-il indiqué. Les alertes sont extrêmement utiles pour préciser le diagnostic et les actons à mettre en place.

Si votre client vous paye lorsqu’il y a des rongeurs, il risque d’être moins réceptif à la nécessité du proofing.

Jean-Yves Perroux, Ensystex

Jean-Yves Perroux (Ensystex) est revenu sur les objectifs et les moyens de faire du proofing pour que le technicien applicateur obtienne une étanchéité efficace. Au niveau commercial, il estime que ce type de prestation est une question de paradigme. Le proofing est en effet ce qu’il faut faire lorsqu’un client vous paie pour ne pas avoir de rongeurs. « Si votre client vous paye lorsqu’il y a des rongeurs, il risque d’être moins réceptif à la nécessité du proofing », a-t-il souligné.

Il a ensuite évoqué le traitement des réseaux, un sujet politique, selon lui, qui revient comme un marronnier à chaque élection. Sachant que les techniques pour traiter les réseaux impliquent majoritairement l’utilisation d’un rodonticide, il a insisté sur l’importance de vérifier que l’AMM du produit utilisé inclut l’usage « égouts ».

Olivier Thibonnet (IZIPest) a fait une présentation complète sur le monitoring, indispensable dans un programme de lutte antiparasitaire intégrée (IPM).  Il a ainsi passé en revue le monitoring des rongeurs, des insectes rampants, des insectes volants et des insectes des denrées stockées.

Dératisation et bien-être animal font-ils bon ménage ?

Sylvain Mo (Bat’ Hygiène) et Mickaël Sage (Faune Innov’ R&D) sont intervenus sur la question de l’éthique et du bien-être animal. Face aux réactions sociétales sur ces questions, la profession se doit de réagir, mais comment ? C’est à cette question épineuse que les deux hommes ont tenté de répondre. Ils proposent ainsi d’essayer de :

  • réduire le nombre d’animaux tués,
  • remplacer la lutte curative par des moyens préventifs,
  • et de raffiner cette lutte : tuer, d’accord… mais tuer « mieux ».

Eh oui ! Eh bien si vous vous sentez frustrés à ce stade, c’est peut-être que vous devriez assister aux Journées techniques 2023 à La Baule, la prochaine fois 🙂 !

Représentant également la société Secu-rat, Mickaël Sage s’est exprimé aussi sur la sécurité des boîtes d’appâtage. Une présentation intéressante, « et commerciale », comme l’a souligné un membre de l’assemblée, dont nous tairons le nom !

Il faut réguler les populations de rats avec lesquelles il ne faut pas cohabiter, quoi qu’en disent les associations militantes sur le sujet.

Geoffroy Boulard, maire du 17ème arrondissement de Paris

Le maire du 17ème arrondissement de Paris, Geoffroy Boulard, aux Journées techniques de la CS3D

Membre du réseau Clean, le maire a témoigné en visioconférence sur la vision des élus locaux concernant l’utilisation des méthodes complémentaires dans la lutte anti-rongeurs.

« Les maladies transmises par le rat doivent interroger les élus », déclare-t-il. Et il continue ainsi : « il faut réguler les populations de rats avec lesquelles il ne faut pas cohabiter, quoi qu’en disent les associations militantes sur le sujet ». Selon lui, il faut aider les copropriétaires et les bailleurs sociaux qui ne savent plus quoi faire. « On veut de la biodiversité et de la nature en ville ; mais on ne veut pas d’espèces invasives ; il faut s’adapter aux circonstances et aux moyens », ajoute-t-il.

Le réseau Clean aspire à rassembler d’avantage de maires engagés sur ces questions dans le respect du bien être animal et de la réglementation. « Mais les textes ne doivent pas nous empêcher d’atteindre les objectifs de protection de la population et de la santé publique« , dit-il avant d’ajouter que « les élus doivent être formés à ces questions ».

CS3D : les journées… techniques, vous avez dit techniques !

Eric Debanne (FCBA) a présenté une étude relative au traitement par la chaleur des insectes xylophages et des champignons lignivores. Le traitement par la chaleur répond à une réglementation contraignante sur l’utilisation des biocides et représente une alternative à ces produits, selon lui. Il répond aussi à une demande du client. Il s’agit d’un traitement curatif uniquement qui permet d’ intervenir sans préparation des bois. Monsieur Debanne a cependant noté qu’il n’y a pas de garantie de non ré-infestation. En outre, l’utilisation d’un groupe électrogène peut être gourmande en carburant.

Hugues Wiplier (Dépistage Punaise Solutions) a parlé de la détection canine de la punaise de lit. C’est selon lui une solution complémentaire évidente mais qui nécessite une formation et un bon suivi. Pour le professionnel, il ne fait aucun doute que la détection canine permet de réduire l’utilisation des produits chimiques lors du traitement.

Nicolas Chancerel aux Journées Techniques de la CS3D 2022

Nicolas Chancerel | ©Blanc Sec Media

Nicolas Chancerel (Serec France) et Michael Crepin (UPL) ont présenté le thème très technique de la fumigation. C’est une méthode de lutte contre les nuisibles principalement des denrées stockées. On introduit un gaz dans l’atmosphère d’une enceinte qui va éliminer les insectes à tous leurs stades de développement…

Boris Boubet a parlé des zoonoses et de la biosécurité en élevage. Il a notamment évoqué l’approche One Health (une seule santé). Cette approche fait la promotion d’une vision pluridisciplinaire et globale des enjeux sanitaires.

Le certibiocide, et quelques questions réglementaires

Le collège Distributeurs a abordé les règles qui encadrent la distribution de produits. Virginie Videau (Edialux) et Jean-Yves Perroux (Ensystex) sont intervenus sur la loi Egalim (publicité, remises), les facturations, et le contrôle du certibiocide. Petit clin d’œil à ce dernier qui a cité hamelin.info lors de sa prise de parole sur le certibiocide. À ce propos, le nouveau certibiocide devrait bientôt voir le jour, selon des annonces toutes récentes faites lors du Congrès Biocides de Lyon.

Lors de leur présentation sur la professionnalisation dans les métiers de la lutte antiparasitaire, Pascal Gacel (Lodi Group) et Nicolas Didych (IZIPest) ont explicité la réforme en cours du certibiocide qui a aujourd’hui 7 ans. Il y aura bientôt 3 certibiocides :

  • certibiocide désinfectants (TP2, 3 et 4) qui formera en 1 jour les décideurs, acquéreurs et vendeurs – et non pas les utilisateurs finaux ;
  • certibiocide nuisible, toujours sur 3 jours, pour les rodonticides (TP 14), insecticides (TP 18), et les produits de lutte contre les autres vertébrés (TP20),
  • certibiocide autres produits sur 1 jour pour les produits de protection du bois (TP8), les avicides (TP 15), les produits de lutte contre les autres vertébrés (TP20) et les produits antisalissures (TP21).

Arnaud Sellier (AT Consulting) a présenté le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), qui doit être revisité tous les ans. Il rappelle que ce document obligatoire permet de réduire le nombre d’accidents du travail et donc l’absentéisme. Il y a aujourd’hui des acteurs qui accompagnent les professionnels dans la rédaction du DUERP, a-t-il indiqué.

Vincent Ergen a explicité la vente de produits transitoires, tandis que Marie-Laure Biannic a fait une présentation très intéressante sur les écarts à la réglementation. Ventes sur internet, importations illégales et contrefaçons ont malheureusement plusieurs conséquences négatives :

  • un risque pour la santé de l’utilisateur (produit inadapté, mésusage pouvant conduire à l’accident mortel…),
  • un risque pour l’environnement,
  • une mauvaise image des produits (qui conduisent à leur retrait du marché),
  • une responsabilité pénale engagée si l’importateur est un professionnel.

CQP et certification CEPA

Pascal Gacel et Nicolas Didych ont également évoqué les certificats de qualification professionnelle (CQP) et la certification CEPA des entreprises. Sandrine Esposito, présidente de la société Elite 4D, est venue témoigner sur l’obtention de son CEPA Certified®. Désormais, elle peut répondre à des appels d’offre en s’appuyant sur les process de ce label. David Malzieu, du réseau Farago (réseau de prestataires, axé sur la biosécurité en élevage), a également témoigné sur les bénéfices de la certification.

Dominique Wazzau (président de la Commission sociale de la CS3D) et Christelle Szczerba (consultante en ingénierie de la formation chez CGConseil) ont détaillé les CQP. Pour rappel, les CQP 3D  s’adressent :

  • aux nouveaux entrants dans le métier,
  • aux salariés souhaitant faire évoluer leurs compétences professionnelles,
  • aux personnes souhaitant valider leur acquis d’expérience.

Un peu de biologie…

Jérôme Rousselet (INRAE Orléans) a évoqué les chenilles processionnaires du chêne et du pin. Il a développé la biologie et les nuisances (qui concernent à la fois la santé humaine, animale et végétale). Les périodes à risques varient énormément selon les régions, les années, et évoluent avec le changement climatique. Concernant la gestion des processionnaires, la clé du succès semble être la lutte intégrée et collective (territorialisée et temporalisée). Il a donc développé les méthodes préventives et les moyens de lutte existants et à l’étude.

 

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