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Lâcher de moustiques stériles par drone, l’île de La Réunion fait le buzzz…

gros plan du moustique Aèdes aegypti

D’après le CIRAD, des essais pilotes de lâchers de moustiques mâles stériles, depuis le sol puis par drone, ont lieu à l’île de La Réunion. Cette technique de l’insecte stérile (TIS) a pour but de lutter contre la dengue sur ce territoire impacté par la maladie.

En bref :

  • C’est la première fois qu’on teste sur le terrain en zone urbaine la TIS renforcée et les lâchers de moustiques mâles stériles par drone.
  • Ces lâchers visent à optimiser la lutte contre le moustique Aedes aegypti, vecteur de la dengue.
  • La TIS consiste à relâcher des moustiques stériles dans la nature. Ces moustiques stériles vont s’accoupler avec les femelles et il n’y aura pas de descendance. Cela devrait entraîner une chute de la population de moustiques.
  • Le CIRAD est l’organisme français de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales et méditerranéennes.

Qu’est-ce que la dengue ? 

La dengue est une maladie virale, tropicale transmise à l’homme par les moustiques. Elle se manifeste sous plusieurs formes : forte fièvre, maux de tête, nausées, vomissements, douleurs articulaires et musculaires, éruption cutanée ressemblant à la rougeole… Sa progression en France et dans le monde s’accélère avec, à l’heure actuelle, 50 millions de cas estimés par an.

Pour lutter contre ce fléau, l’île de La Réunion mène des essais pilotes de lâchers de moustiques mâles stériles par deux voies : au sol puis par drone. Ces essais se font sur la commune de Saint-Joseph dans le cadre des projets européens Revolinc et Mosquarel. Ces projets visent lutter contre les insectes nuisibles, les moustiques Aedes aegypti, par le biais de la technique de l’insecte stérile (TIS) dite “renforcée”. Ce projet est financé par l’ERC (European Research Council ou Conseil européen de la recherche)

Il faut savoir que ces essais sont une première. C’est en effet la première fois que la TIS renforcée et l’utilisation de drones pour les lâchers de moustiques mâles stériles sont testées dans un milieu urbain.

Jérémy Bouyer, entomologiste au Cirad et coordinateur du projet Revolinc a déclaré ceci : “La France est le premier pays à avoir autorisé des lâchers de mâles stériles par drone en milieu urbain. Cela représente une avancée notable dans le développement de la technique de l’insecte stérile contre les moustiques du genre Aedes“.

Qui est le moustique Aedes aegypti

Un moustique du genre Aedes est une espèce de moustique. Aedes aegypti est très petit (environ 5 mm). Il se distingue par des marques blanches sur ses pattes et un dessin en forme de lyre sur son thorax. Ce moustique est l’un des plus grands vecteurs de maladies (dengue, virus Zika, chikungunya, fièvre jaune).

Il ne faut pas le confondre avec Aedes albopictus, le moustique tigre. Cette espèce, parmi les plus invasives au monde, est également vectrice de ces mêmes maladies.

A lire aussi : Des moustiques qui ne peuvent plus nous sentir

Combien de temps durent ces essais ? 

Ces essais se font en deux phases, d’avril à août 2021 : 

  • 1ère phase : Lâchers de 10 000 moustiques mâles stériles par semaine au sol puis par drone tout en analysant leur survie, leur compétitivité sexuelle et leur dispersion.
  • 2e phase : Choix de la meilleure technique entre le lâcher par drone ou le lâcher au sol, puis on lâchera 50 000 mâles stériles par semaine.

Selon Jérémy Bouyer, “si ces essais sont concluants sur des populations localisées d’Aedes aegypti, cette solution pourrait alors être déployée à plus grande échelle”. En effet, le bilan se dressera en août et s’il est positif, cette approche pourrait être déployée sur du long terme également contre les Aedes albopictus à La Réunion. 

À savoir : le projet Revolinc respecte toutes les réglementations et normes européennes exigées lors d’usage de drones. Le pilote de drone est certifié et agréé. Une autorisation a été déposée auprès de la Direction de l’aviation civile Océan Indien pour éliminer localement ces moustiques.

La technique de l’insecte stérile renforcée est-elle une méthode de lutte antivectorielle écologique ? 

Oui, la lutte antivectorielle par le “contrôle des naissances” est plus écologique puisque le principe en lui-même est naturel. Jérémy Bouyer explique que “les mâles sont stérilisés par irradiation. Par ailleurs, ils sont imprégnés d’un biocide avant lâcher, et ce dernier est transmis aux femelles et à leur descendance.” 

En d’autres termes, on élève des moustiques mâles en masse. Puis on les stérilise par irradiation. Et on les relâche dans la nature où ils vont s’accoupler avec des femelles sauvages. Cela entraînera la chute de la population de moustiques du fait qu’il n’y aura pas de descendance.

L’action “renforcée” du procédé vient du biocide, le pyriproxyfène. Celui-ci se transmet aux femelles lors de la reproduction ou par simple contact entraînant la mort de leur progéniture.

Le pyriproxyfène est un biocide permettant de réguler la croissance de l’espèce cible pendant les phases de reproduction. Les quantités utilisées sur les mâles stériles lâchés sont minimes. Elles ne sont pas dangereuses pour l’Homme ni pour l’environnement.

D’où viennent les moustiques utilisés ?

C’est le laboratoire FAO-AIEA de contrôle des insectes nuisibles en Autriche qui produit moustiques mâles stériles, à partir d’une souche réunionnaise. L’ARS Réunion a envoyé cette souche.

Est-ce que cette méthode est éthique ? 

Le projet Revolinc respecte toutes les réglementations et normes européennes exigées. De plus, l’utilisation de pyriproxyfène sur le moustique n’est en aucun cas dangereuse pour l’homme ni pour l’environnement.

A toutes fins utiles, Jérémy Bouyer rappelle que les mâles ont été stérilisés par irradiation. Ils ne sont pas donc pas considérés comme des OGMs.

De plus, le communiqué de presse indique que le procédé est inoffensif :

  • Seules les moustiques femelles piquent et non les mâles.
  • Les insectes stériles ne se reproduisent pas et ne s’implantent donc pas dans l’environnement.
  • La TIS n’introduit pas d’espèces exotiques dans l’écosystème.
  • Les moustiques mâles stérilisés par irradiation ne présentent aucun danger pour l’homme, ils ne sont pas radioactifs.
  • L’interruption du cycle de reproduction des insectes vecteurs, aussi appelée lutte autocide, est par définition spécifique à chaque espèce.

Ces lâchers de moustiques mâles stériles n’ont pas pour objectif d’éradiquer Aedes aegypti de l’île de La Réunion. Il s’agit d’éliminer localement une population isolée de ces moustiques. L’IRD a fait des essais visant à contrôler le vecteur principal de la dengue, Aedes albopictus, sur la commune de Sainte-Marie. Il faut donc éviter la recolonisation des niches écologiques d’Aedes albopictus par Aedes aegypti.

Source : CIRAD

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