Science & Biodiversité

L’anaplasmose de Sparouine : une nouvelle zoonose transmise par les tiques

Tique brune assise sur l'herbe sous le soleil d'été pendant la journée
©diy13

Les anaplasmoses sont des zoonoses émergentes transmises par les tiques. Elles sont causées par des bactéries du genre Anaplasma. Au total, 8 espèces d’Anaplasma et plusieurs espèces candidates ont été décrites, dont au moins 5 espèces infectant l’homme. Cependant, un cas d’anaplasmose humaine inhabituel a surgi dans la forêt amazonienne de Guyane française. Les études ont révélé qu’il s’agit d’un nouvel agent pathogène différent des espèces connues à ce jour. Focus sur l’anaplasmose de Sparouine, cette nouvelle maladie transmissible par les tiques.

Auteur : Hélène Frontier

La victime de cette nouvelle bactérie avait participé en 2019 à une campagne d’étude du paludisme. Grâce au prélèvement de sang réalisé à cette occasion, les scientifiques ont pu remonter la piste lorsque l’homme est tombé malade.

Anaplasmose de Sparouine : un risque sanitaire ?

L’anaplasmose de Sparouine est un nouvel agent pathogène faisant partie du genre bactérien Anaplasma. La bactérie la plus connue de ce genre est Anaplasma phagocytophilum, responsable de l’anaplasmose granulocytaire humaine. Cette zoonose transmise par la tique a fait des centaines cas dont la quelques-uns ont été mortels.

L’anaplasma de Sparouine est quant à elle provoquée par la bactérie Anaplasma sparouinense. Elle a été découverte suite à l’infection d’un orpailleur vivant au cœur de la forêt tropicale humide dans une région reculée de Guyane. Des études ont montré qu’il existe un groupe sud-américain d’Anaplasma émergeant auquel appartient ce nouvel agent découvert.

Son passage vers l’humain peut s’expliquer par le contact direct que les travailleurs sur le site d’orpaillage ont quotidiennement avec la faune sauvage. Pour l’heure, il est trop tôt pour affirmer que l’anaplasmose de Sparouine représente un risque sanitaire. On retient toutefois que sa découverte rappelle que la connaissance de la biodiversité reste encore partielle.

Lire également : Zoonose, de plus en plus de maladies émergentes arrivent en Europe

Les circonstances de la découverte de l’anaplasmose de Sparouine

L’anaplasmose de Sparouine a été découverte de manière fortuite. Les chercheurs ont évalué la présence d’Anaplasma dans des échantillons de sang d’orpailleurs clandestins travaillant dans la forêt amazonienne de Guyane française. Il s’agit d’un vaste territoire forestier de 83 000 km2, localisé entre le Suriname et le Brésil. C’est l’une des régions les plus riches en biodiversité au monde, avec plus de 280 espèces de mammifères sauvages.

Les chercheurs ont donc examiné 363 extraits d’ADN archivés obtenus à partir d’échantillons de sang humain et ils ont ainsi pu caractériser l’ensemble de la diversité bactérienne.

Les examens sanguins ont révélé la présence d’Anaplasma dans un 1 échantillon d’ADN. L’échantillon d’ADN positif pour Candidatus A. sparouinense provenait d’un homme de 58 ans qui avait des antécédents de splénectomie post-traumatique et de crises de paludisme causées par Plasmodium vivax. Ce patient, originaire de Maranhão, au Brésil, travaillait exclusivement dans la forêt tropicale de Guyane française depuis 3 ans. L’anaplasmose de Sparouine a été diagnostiquée rétrospectivement en septembre 2021 sur la base d’une enquête PCR sur des prélèvements sanguins antérieurs (octobre 2019 et mai 2021) et des frottis sanguins (octobre 2019).

Il faut noter qu’en 2019, le patient était asymptomatique. Il ne présentait donc aucun symptôme (fièvre, tension artérielle…). De même, les tests étaient négatifs pour les agents de maladies qu’on recherche habituellement dans cette région (tests sérologiques pour la fièvre jaune, les hépatites B et C, le VIH, le paludisme…).

La découverte de l’anaplasmose de Sparouine 18 mois plus tard

Dix-huit mois plus tard (mai 2021), le patient est admis au Centre Hospitalier de Cayenne avec les symptômes suivants :

  • fièvre,
  • myalgie,
  • céphalées,
  • épistaxis,
  • et anémie sévère.

Des tests microbiologiques ont exclu la présence de plusieurs pathologies comme la dengue, le COVID-19, divers virus (Zika, chikungunya, etc.), le paludisme, le VIH…

Cependant, la mise en place d’un traitement antibiotique a permis au patient de se rétablir en 3 semaines. Les symptômes ont disparu et son taux d’hémoglobine s’est amélioré. L’enquête PCR Anaplasma réalisé a posteriori sur des prélèvements sanguins de mai 2021 (avant et au jour 7 du traitement antibiotique) a de nouveau révélé la présence de Candidatus A. sparouinense. Aucun autre échantillon de sang n’a été conservé. Ainsi, il a été impossible de confirmer la disparition de l’infection à la fin du traitement antibiotique.

Laboratoires CNRS impliqués

  • Maladies infectieuses et vecteurs : écologie, génétique, évolution et contrôle (MIVEGEC – CNRS / IRD / Université de Montpellier)
  • Centre d’infection et d’immunité de Lille (CIIL – CNRS / CHU de Lille / Inserm / Institut Pasteur de Lille / Université de Lille)

 

Source : CNRS | Emerging Infectious Diseases | DOI: 10.3201/eid2808.212425

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