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Moustique tigre : comment les Français le perçoivent

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©Giovanni.Seabra

Pour la plupart des gens, le moustique tigre est un insecte qui provoque des nuisances. La plupart ne le perçoivent pas comme un vecteur de maladie. Les connaissances sur la problématique sont trop approximatives… Du coup les particuliers ont des pratiques inefficaces pour contrôler l’espèce. Tout ceci est le fruit d’une étude menée à Lyon par des chercheurs français… Les auteurs estiment donc que changer cette perception de la problématique pourrait être un levier important pour une démoustication plus efficace. Mais encore ?

Par Hélène Frontier

Pour cette étude publiée dans Parasites & Vectors, Pénélope Duval, Christina Aschan-Leygonie et Claire Valiente Moro ont collecté des informations sur le moustique tigre en Europe. Les participants sont des particuliers partageant des jardins collectifs à Lyon. Ils ont interrogé leurs connaissances, attitudes et pratiques sur cet insecte. Rappelons que la métropole lyonnaise est la deuxième ville française située en région Auvergne-Rhône-Alpes dans le sud-est de la France.

Les comportements impactent les mesures de protection contre le moustique tigre dans un pays non endémique

Aedes albopictus est ce moustique que l’on appelle généralement le moustique tigre. Il est capable de transmettre plusieurs virus à l’échelle mondiale. En outre, sa biologie lui permet de parfaitement prospérer en milieu urbain. La France métropolitaine est une zone dite non endémique, c’est-à-dire non habituelle, de ce moustique. Cependant, il est responsable chaque année de plusieurs cas autochtones et importés de chikungunya et de dengue. Mieux gérer et prévenir les maladies transmises par les moustiques tigres dans les zones non endémiques est donc une préoccupation mondiale.

Les chercheurs ont interrogé des personnes qui participent aux jardins collectifs. Ces initiatives sont de plus en plus populaires en France métropolitaine. Mais il se trouve qu’elles sont également propices au développement du moustique tigre. Pour évaluer les connaissances et les pratiques des jardiniers collectifs en matière de gestion et de contrôle des moustiques, ils ont mené une enquête sur les connaissances, les attitudes – ou comportements – et les pratiques (CAP).

Les résultats indiquent que les comportements influencent les pratiques des gens vis-à-vis des moustiques, plus que les connaissances. Tous les participants étaient préoccupés par le moustique tigre. Ils étaient aussi tous désireux d’intégrer des méthodes de contrôle des moustiques dans leurs jardins. De plus, ils percevaient les moustiques tigres comme des insectes provoquant des nuisances plutôt que comme des espèces vectrices de maladies.

Cette enquête révèle donc le manque de connaissances et de sensibilisation aux bonnes pratiques pour un contrôle efficace du moustique tigre dans les espaces urbains verts.

Résumé graphique | ©Pénélope Duval

Moustique tigre : sensibiliser, informer et éduquer

Dans un contexte général d’augmentation des espaces verts dans les villes et de risque accru d’épidémies de maladies transmissibles par les Aedes, cette enquête montre un important manque de connaissances et de sensibilisation sur les pratiques permettant de contrôler la prolifération du moustique tigre chez les personnes qui s’intéressent particulièrement à la nature.

Ainsi, l’amélioration des connaissances sur le moustique tigre pourrait être un objectif des plans d’éducation, selon les auteurs. De plus, les pratiques inappropriées que découvrent cette enquête peuvent servir de base pour :

  • corriger une désinformation,
  • et/ou créer un plan de sensibilisation adapté et efficace.

Également, les jardiniers devraient percevoir les moustiques davantage comme des vecteurs de maladies. Cette perception pourrait améliorer les pratiques de contrôle de l’insecte.

La prolifération des nuisibles dans les espaces verts urbains doit être mieux comprise par la société et les acteurs politiques. Cette étude est la pierre angulaire pour améliorer la gestion intégrée des nuisibles dans les zones urbaines vertes.

De plus, les jardins collectifs sont des espaces de diversité et de partage. Cette richesse pourrait contribuer à améliorer la sensibilisation. Elle pourrait être la clé d’un plan éducatif efficace dans les jardins liés à l’engagement communautaire (par exemple, partage des connaissances, pratique préventive).

Les auteurs indiquent également que d’autres études similaires sont nécessaires dans d’autres villes où Ae. albopictus est présent depuis plus longtemps. Elles permettraient de comparer comment est perçu le moustique tigre et de déterminer les éventuelles opérations de sensibilisation mises en place.

Lire également : Lutte antivectorielle et spectrométrie de masse, étudier l’âge des moustiques et leur capacité à transmettre des virus

Le moustique tigre : les Français ne sont pas prêts

La présence du moustique tigre préoccupe la plupart des participants (90%). Les moustiques dérangent principalement en raison de leurs piqures lors de l’activité diurne. Une très grande partie des répondants (89,5 %) déclarent avoir modifié leurs pratiques en raison de la présence de moustiques. Ils réduisent le temps des activités de plein air ou annulent des événements au jardin. Cet impact pourrait même constituer un obstacle pour les futurs citadins désireux d’adhérer à un jardin collectif.

La capacité du moustique tigre à transmettre des infections telles que les arbovirus dérange aussi, mais dans une bien moindre mesure. Cependant, cela n’est pas lié à un manque de connaissances. De fait, 88,5% des gens interrogés savaient que les moustiques peuvent provoquer des maladies.

D’après les auteurs, c’est dans la nature humaine… En effet, les gens réagissent davantage à un problème immédiat et tangible qu’à un problème qu’ils perçoivent comme moins immédiat ou même comme hypothétique.

Ainsi, les piqûres de moustique motivent les personnes à lutter contre ce nuisible. Ces résultats suggèrent que les citadins français ne sont pas préparés à faire face à une éventuelle épidémie d’arbovirus.

Malgré l’expansion des arboviroses en France et à plus grande échelle en Europe, la population européenne ne perçoit pas le risque de transmission de ces virus par les moustiques comme un problème sérieux pour l’avenir.

Des arboviroses encore trop rares ?

Actuellement, les maladies transmises par Ae. albopictus en Europe restent sporadiques. Elles dépendent principalement de cas importés de pays endémiques. Cependant, on s’attend à une propagation des arbovirus dans les décennies à venir. De nombreux facteurs favorisent la propagation des moustiques (et des maladies qu’ils transmettent), comme :

  • les transports mondiaux,
  • l’adaptation des moustiques aux zones urbaines,
  • et le changement climatique.

Les personnes vivant dans des pays où les arbovirus sont endémiques sont conscientes du risque.  Elles ont donc une meilleure connaissance et une meilleure gestion de cette espèce vectrice.

Changer la perception dans un pays non endémique comme la France semble être un levier important pour les pratiques individuelles susceptibles de converger vers la démoustication. Il semble qu’il faille éduquer les gens sur la double menace que représentent les moustiques en termes de piqûres et les conséquences futures de la prolifération des maladies transmises par les moustiques.

La sensibilisation aux risques pour la santé dépend :

  • de la sensibilité aux maladies (qui comprend l’exposition de la population aux maladies transmises par les moustiques),
  • et de la perception de la gravité de ces maladies.

En ce qui concerne la susceptibilité aux maladies, la perception d’être exposé aux maladies transmises par les moustiques est un facteur important pour renforcer les mesures de protection contre les moustiques. De plus, la gravité de la maladie influence les pratiques de protection.

Lire également : Virus du Nil occidental, l’ARS Paca dénombre 3 cas en France

Connaissance du moustique tigre

Tous les participants ont entendu parler du moustique tigre. Seuls 32,8% savaient que la caractéristique distinctive du moustique tigre est sa ligne dorsale. Pourtant, 85,7% pensaient pouvoir identifier cette espèce parmi d’autres espèces de moustiques.

Il faut donc sensibiliser à la reconnaissance spécifique du moustique tigre. Ce point est essentiel en raison du rôle de cette espèce dans les événements épidémiques par rapport aux autres espèces de moustiques autochtones.

De plus, 94,7% des participants savaient que le moustique tigre se reproduit dans des réservoirs d’eau stagnante de petite et moyenne taille. Mais 81,6% pensaient également à tort que l’insecte se reproduisait dans d’autres endroits, comme la végétation.

Seuls 20,5% des répondants avaient déjà entendu parler des méthodes de lutte biologique. Et un tiers d’entre eux n’étaient pas en mesure d’expliquer l’importance de ce type de lutte antivectorielle. Seuls 9 personnes avait clairement connaissance de la lutte biologique et pouvaient expliquer différentes méthodes, telles que :

  • la réintroduction de moustiques prédateurs,
  • ou l’utilisation Bacillus thuringensis, une toxine couramment utilisée contre les moustiques.

Au total, 6 personnes avaient de vagues connaissances au sujet des méthodes mécaniques, telles que l’élimination des réservoirs d’eau stagnante.

Lire également : Le secret des ailes du moustique tigre

Aedes albopictus : une espèce qui préoccupe

56,3% des participants pensent que la présence de moustiques a augmenté au cours des 2 dernières années. Par ailleurs, la présence de moustiques dans le jardin collectif préoccupe fortement ou modérément une très grande majorité des répondants (81,3%).

Les participants sont inquiets pour divers motifs :

  • les piqûres (62,8 %),
  • la transmission de maladies (27,7 %),
  • leur croyance que la majorité des moustiques dans les jardins sont des moustiques tigres (13,8 %),
  • la croissance de la présence de cette espèce est due au changement climatique, et pourrait avoir des impacts négatifs sur la biodiversité (7,4%).

Seulement 10,5% des gens interrogés estiment que les méthodes de contrôle utilisées dans leur jardin collectif sont efficaces.

Globalement, les participants ont déclaré vouloir plus d’informations sur les méthodes alternatives de contrôle des moustiques.

Parmi les différentes sources d’information, une majorité de participants (85,1%) reçoivent des informations sur le moustique tigre par différents médias (journaux, radio, télévision ou sites Web). Plus de la moitié se sont informés via des campagnes de sensibilisation organisées par la métropole lyonnaise ou par les communes du territoire métropolitain.

Pratiques dans les jardins collectifs

Concernant les pratiques, une grande majorité des jardiniers interrogés (73,2%) ont cherché eux-mêmes des informations sur le moustique tigre. Et en général, cette recherche se fait en ligne (internet).

La présence de moustiques est responsable d’un changement d’habitudes et de pratiques pour une majorité des jardiniers (69,7%). Une grande majorité déclare se protéger en utilisant des répulsifs et/ou en portant des vêtements couvrants (75,7%). Par ailleurs, 82,1% des participants luttent activement contre la présence des moustiques :

  • par des moyens mécaniques comme l’élimination des réservoirs d’eau stagnante,
  • ou en utilisant des insecticides.

Cependant, certaines pratiques des jardiniers sont susceptibles de favoriser le développement du moustique tigre en zone urbaine. En effet, les connaissances des jardiniers ont un impact limité sur leurs pratiques.

Par exemple, 86% des participants disposent d’un récupérateur d’eau de pluie sur leur parcelle. Ce type d’arrosage est courant dans les jardins collectifs et présente une ressource en eau durable et alternative. Parallèlement, ces contenants sont parfaits pour la reproduction des moustiques au stade larvaire. Ils sont par ailleurs difficiles à protéger des moustiques.

Ainsi, les jardiniers doivent être conscients que ce matériel peut servir de site de reproduction dans leur jardin.

En fait, une meilleure connaissance de la lutte biologique pourrait améliorer les moyens de gestion de la prolifération des moustiques. En revanche, d’autres types de connaissances sur les moustiques ne semblent pas influencer les pratiques. Il s’agit des connaissances sur les caractéristiques physiques et le cycle de vie par exemple.

 

Ces travaux ont été réalisés dans le cadre d’une thèse de doctorat via l’École Urbaine de Lyon (EUL) en collaboration avec le laboratoire d’Écologie Microbienne (UMR CNRS 5557) et le laboratoire Environnement Ville et Société (UMR 5600).

Source : Parasites & Vectors

Références : Duval, P., Valiente Moro, C. & Aschan-Leygonie, C. How do attitudes shape protective practices against the Asian tiger mosquito in community gardens in a nonendemic country? | Parasites Vectors 15, 439 (2022) | https://doi.org/10.1186/s13071-022-05520-3

Consulter également :

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