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Une nouvelle matière active pour contrôler la punaise de lit ?

Vétérinaire en vêtements stériles tenant du poulet et contrôlant la santé des animaux pour la production alimentaire dans une ferme avicole.
©littlewolf1989
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Maria Angelica Gonzalez aurait-elle découvert une nouvelle matière active pour le contrôle des punaises de lit ? D’après cette entomologiste, les médicaments vétérinaires ont un grand potentiel pour contrôler les infestations de punaises de lit dans les élevages de volailles. Plus encore, elle propose le fluralaner (et potentiellement d’autres isoxazolines) comme nouvelle molécule pour la maitrise des punaises de lit.

Auteur : Hélène Frontier

A l’échelle mondiale, les populations de punaises de lit Cimex lectularius L. sont résistantes aux insecticides utilisés pour les contrôler. Il s’agit en l’occurrence des pyréthrinoïdes et des néonicotinoïdes. Par conséquent, il est essentiel et même urgent de développer de nouvelles matières actives avec différents modes d’action.

La doctorante Maria Angelica Gonzalez-Morales a récemment présenté son mémoire d’entomologie. Son objectif était de comprendre les tendances et les mécanismes de résistance punaises de lits aux insecticides. Son mémoire étudie également les blattes. Par ailleurs, elle souhaitait évaluer les solutions potentielles pour les environnements résidentiels et agricoles difficiles.

Maria Gonzalez, Département d’entomologie et de pathologie végétale, Université d’État de Caroline du Nord  | ©Maria Gonzalez, NC State University (DR)

Le fluralaner : un médicament vétérinaire pour contrôler la punaise de lit

La punaise des lits provoque dégâts et nuisances dans les environnements résidentiels. Cependant, ce même nuisible peut envahir les environnements de production animale, où son contrôle est également très difficile.

En effet, dans les années 1960, C. lectularius était un ectoparasite hématophage courant dans les élevages de volailles. Le DDT et les organophosphorés ont éradiqué la plupart des infestations. Mais parallèlement à leur résurgence mondiale en tant qu’ectoparasites humains, les infestations de punaises de lit ont réapparu dans les élevages. Personne n’a jamais quantifié l’impact des punaises de lit sur la santé des poules. Mais les piqures et les repas de sang fréquents provoquent forcément du stress, des infections et même de l’anémie chez les volailles.

Les options pour contrôler les punaises de lit dans les élevages sont limitées pour plusieurs raisons :

  • la nature sensible de l’environnement,
  • le nombre limité de produits homologués pour le contrôle des punaises de lit,
  • et la résistance des populations de punaises de lit à un large éventail de matières actives.

On administre fréquemment des médicaments vétérinaires aux poules pour contrôler les ectoparasites, y compris les acariens et les poux.

Dans une étude qu’elle soumet au magazine Parasites & Vectors, Maria Gonzalez a donc évalué les effets de l’ivermectine et le fluralaner sur les punaises de lit. Ces deux médicaments vétérinaires sont courants.

Lire également : Punaise de lit et agents pathogènes, qu’en est-il ?

L’ivermectine, le médicament miracle

On considère l’ivermectine comme un médicament miracle. Il est en effet remarquablement sûr et couramment utilisé chez l’homme pour :

  • contrôler les infections parasitaires transmises par les moustiques (par exemple, la filariose lymphatique),
  • réduire la transmission du paludisme,
  • et traiter la gale, l’onchocercose et le myasis.

Actuellement, des formulations à base d’ivermectine sont disponibles pour contrôler certains ectoparasites et endoparasites chez les poules.

Le fluralaner, homologué en Europe

Le fluralaner est un médicament relativement nouveau. Il a été introduit sur le marché en 2014 comme traitement contre les puces pour les chiens et en 2019 pour les chats. Plusieurs études ont évalué l’efficacité du fluralaner administré aux poules pour lutter contre le pou rouge (Dermanyssus gallinae) et le pou noir (Ornithonyssus sylviarum). À l’heure actuelle, aucune formulation de fluralaner n’est homologuée pour une utilisation chez la volaille en Amérique du Nord. Cependant, en Europe, la molécule est approuvée pour une utilisation dans l’industrie de la volaille pour lutter contre les acariens.

Lire également : Punaises de lit : sources de maladies infectieuses ?

L’ivermectine et le fluralaner pour contrôler la punaise de lit chez les volailles

D’après les résultats, les deux médicaments ont causé une mortalité élevée chez les punaises de lit d’une souche sensible aux insecticides. Le fluralaner a également été testé sur cinq souches de punaises de lit collectées sur le terrain et s’est avéré très efficace. Ce produit vétérinaire était également très efficace pour tuer les punaises de lit qui se nourrissaient de poulets médicamentés.

Il s’agit de la première étude post-DDT à rapporter des données quantitatives à l’appui d’une approche alternative utilisant des médicaments vétérinaires systémiques pour contrôler les infestations de punaises de lit chez les volailles.

Les résultats de cette recherche valident également l’efficacité d’un nouveau groupe de molécules, les isoxazolines, sur les punaises de lit.

Le fipronil : la punaise de lit y est déjà résistante !

Le fipronil, un insecticide large spectre connu

Dans son mémoire, la jeune femme a également étudié l’efficacité du fipronil sur les punaises de lit, une matière active commune et très efficace. Notons que la molécule n’est pas homologuée pour la lutte contre la punaise de lit. Elle a de plus quantifié la résistance au fipronil ainsi que la résistance aux pyréthrinoïdes. De plus, elle a identifié les mécanismes de résistance chez la punaise de lit et la blatte germanique.

Le fipronil est un insecticide qui appartient aux phénylpyrazoles, une classe d’insecticides large spectre. On utilise cet insecticide neurotoxique couramment dans et autour des structures. Il est efficace contre les cafards, les fourmis et les termites. C’est également un produit vétérinaire couramment utilisé pour protéger les chiens et les chats des ectoparasites.

La résistance au fipronil chez de nombreux arthropodes implique à la fois des mécanismes métaboliques et des mutations du site cible. Elle a été détectée chez la blatte germanique dès la fin des années 1990.

Le fipronil, efficace sur la punaise de lit

Dans une étude publiée dans Journal of Medical Entomology, Maria Gonzalez a évalué l’efficacité du fipronil sur des populations de C. lectularius collectées sur le terrain en Amérique du Nord et en Europe. Aucun produit contre les punaises de lit n’est formulé à base de fipronil. La matière active est cependant est très efficace sur les punaises de lit sensibles aux insecticides, à la fois par ingestion et par application topique.

Réponse fipronil – C. lectularius mâles de 10 populations (9 collectées sur terrain) | © Harlan-NCSU

D’après ses résultats, des niveaux de résistance très variables et élevés ont été trouvés dans les populations de punaises de lit des deux continents. Et ce, malgré l’absence de traitement anti-punaise à base de fipronil. Maria Gonzalez rapporte ainsi pour la première fois une résistance substantielle au fipronil chez les punaises de lit.

Elle a ensuite évalué les mécanismes de résistance impliqués (métabolique et insensibilité du site cible). Et ses résultats suggèrent que la résistance aux pyréthrinoïdes confère également une résistance croisée au fipronil.

Cette découverte est particulièrement intéressante et importante car le fipronil :

  • n’est homologué pour aucun produit de lutte contre les punaises de lit,
  • est peu susceptible d’être utilisé de manière intensive dans les zones où les punaises de lit seraient couramment trouvées,
  • et son utilisation à l’intérieur en Europe est encore plus restreinte qu’aux États-Unis.

La punaise et le fipronil : une solution qui ne concerne pas la France

Selon Maria Gonzalez, le fipronil pourrait donc être une piste, malgré des phénomènes de résistance constatés sur des échantillons. Des résultats qui ne concernent pas l’Hexagone, donc. En effet, en France, le fipronil existe dans des formulations telles que :

  • le Goliath® Gel (contre la blatte),
  • Termidor® (contre le termite),
  • et Fourmidor® (contre la fourmi).

BASF a annoncé la fin de l’homologation pour cette molécule.

En revanche, il n’en est pas de même aux États-Unis. Dans ce pays, la molécule a récemment été approuvée pour une utilisation dans les pulvérisations résiduelles pour contrôler un large éventail d’insectes rampants à l’intérieur, y compris les blattes. Selon Maria Gonzalez, l’exposition directe au fipronil devrait sélectionner une résistance plus élevée dans les populations de punaises de lit.

De plus, les pyréthrinoïdes continuent d’être largement utilisés pour contrôler les populations de punaises de lit, malgré les niveaux élevés de résistance documentés à l’échelle mondiale. Si la résistance aux pyréthrinoïdes confère également une résistance croisée au fipronil (comme le suggèrent ses résultats), alors la résistance au fipronil devrait augmenter et devenir plus répandue dans les populations.

Pour contrer cette résistance, elle suggère l’utilisation combinée de deux agents synergiques : le piperonyl butoxide (PBO) et le tribufos (s,s,s-tributyl-phosphorotrithioate).

Consulter également :

 

Source : NC State University Libraries | Maria Gonzalez

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