Désinsectisation

Anthrène des tapis : une étude française sur les lésions cutanées

©Jorge

Parmi les insectes piqueurs, certains sont responsables de lésions dues aux piqûres en elles-mêmes. Mais d’autres arthropodes sont également vecteurs de maladies. Dans les deux cas, ces insectes constituent une nuisance physique et parfois psychologique. Les insectes piqueurs les plus décrits sont les punaises de lit, que l’ont déplacent lors de voyages hors de chez soi, et les puces, qui concernent surtout les animaux domestiques. Une étude française rend compte de patients présentant des lésions cutanées causées par des poils de larves d’Anthrenus sp. (anthrène des tapis).

Lésions cutanées causées par les insectes piqueurs : les détails de l’étude

Entre janvier et mars 2020, 11 patients vivant dans le sud de la France (région de Nice) ont consulté dans le service de dermatologie du Centre hospitalier universitaire de Nice. Il s’agissait de 6 enfants âgés de 7 à 17 ans et de 5 adultes âgés de 19 à 58 ans issus de 7 familles différentes.

Chaque personne présentait des lésions cutanées multiples depuis plusieurs semaines. Les examens cliniques ont montré 7 à 35 papules urticariennes érythémateuses isolées par patients. Ces papules étaient prurigineuses. Elles persistent  environ 1 semaine avant de disparaître lentement. De nouvelles papules apparaissent ensuite. Les lésions papuleuses érythémateuses apparaissent toujours en premier chez un membre de la famille. Puis, dans tous les cas, la dermatite atteint progressivement le reste des membres de la famille, mais pas nécessairement tous. 

Les lésions et l’absence d’autres symptômes ne permettaient pas d’évoquer une affection dermatologique spécifique. La dispersion des symptômes parmi les membres de la famille était compatible avec une infestation par des insectes. Donc les patients ont été envoyés au département d’entomologie médicale pour des examens plus approfondis.

Les familles n’ont signalé aucun antécédent récent de voyage, ni d’achat d’articles d’occasion ou de présence d’animaux domestiques infectés (fait confirmé par les vétérinaires). Les examens ont indiqué que les lésions étaient situées principalement sous les vêtements : sur les cuisses, les bras, la poitrine et l’abdomen. L’inspection minutieuse des lits et des canapés par les familles n’a pas permis de trouver de punaises de lit ou de puces. De plus, les lésions étaient dispersées sur tout le corps, principalement sous les vêtements. Une donné qui qui n’est pas typique des punaises de lit et des puces.

Dans ce contexte, un entomologiste médical a visité 2 maisons. Il y a recherché des acariens ou des insectes qui pourraient être responsables de la dermatite. Il a confirmé l’absence de punaises de lit et de puces. Puis il a rapidement trouvé des larves et des insectes adultes dans les vêtements, les tissus et les rembourrages à l’intérieur des maisons. Ces larves et insectes adultes étaient des spécimens d’Anthrenus.

Pour les autres familles, il a demandé aux patients de chercher des Anthrenus dans ces mêmes endroits, en leur montrant des photos d’adultes et de larves d’anthrènes des tapis. Toutes les familles ont trouvé des larves et des insectes adultes similaires et les ont apportés à l’entomologiste médical, qui a confirmé que c’était bien des Anthrenus par morphologie.

Anthrène des tapis : tout aussi néfaste que la punaise de lit

Anthrenus, plus connu sous le nom d’anthrènes des tapis, appartient à l’ordre des coléoptères et à la famille des Dermestidae. Les adultes ont une taille d’environ 3-4 mm, se nourrissent de nectar et de pollen, et sont inoffensifs pour l’homme, bien qu’ils provoquent des nuisances. 

En automne, les coléoptères femelles recherchent les zones chaudes. Elles pondent leurs œufs dans les endroits sombres et les fissures, faisant des meubles l’un de leurs endroits préférés. Les larves ont une longueur de 4 mm. Elles éclosent à la fin de l’hiver ou au printemps. Généralement, elles vivent dans les tiroirs et les armoires sombres. Elles se nourrissent de matières organiques séchées provenant de résidus végétaux ou animaux, comme la laine, la poussière, les cellules mortes de la peau, les plumes et les poils. On on les trouve donc couramment dans les armoires, sur les animaux empaillés, les matelas ou sous les tapis. 

Les larves n’affectent jamais les animaux vivants. Les larves de nombreuses espèces d’anthrènes des tapis sont couvertes de poils en forme de fer de lance. Ces poils sont disséminés à l’intérieur des maisons par un courant d’air ou un système de climatisation.

Nous avons observé chez un enfant de la première famille, un grand nombre de lésions (35 papules), probablement causées par le climatiseur situé au-dessus de son lit. Deux types de poils coexistent sur ces larves d’insectes. L’un des poils est fin et présente une flèche terminale. L’autre poil est épais et présente des écailles. Parmi les poils des larves d’Anthrènes, seuls les poils fins et piquants sont responsables des lésions cutanées. Leur forme en fer de lance leur permet de se coincer dans la peau ou les muqueuses respiratoires, entraînant des réactions d’hypersensibilité chez les hôtes. Quelques cas de dermatites causées par les coléoptères Anthrenus ont été décrits . De rares cas d’asthme pourraient même être liés à la présence de larves d’anthrènes des tapis dans la maison.

Anthrène :  les traitements à mettre en place

Plusieurs traitements (hors insecticides) ont aidé rapidement les 7 familles à éliminer leurs lésions et à nettoyer leur maison. Tous les patients ont reçu des antihistaminiques et des corticoïdes topiques. Les familles ont lavé les vêtements ayant eu un contact direct avec la peau. Puis elles les ont stockés après séchage dans des sacs hermétiques pour les protéger de l’environnement. 

Dans les maisons, les endroits où des Anthrenus ont été trouvés, ont été inspectés et nettoyés. Les insectes ont été enlevés mécaniquement. Les matelas et autres zones infestées ont été aspirés, et le sac de l’aspirateur a été mis dans un sac plastique à la poubelle. Les systèmes de climatisation présents dans les pièces infestées ont été nettoyés pour éviter la propagation des poils des larves.

Après le respect du protocole ci-dessus, les lésions cutanées ont guéri chez tous les adultes et enfants touchés en 3 jours. Un mois plus tard, aucun membre des 7 famille ne présentait de lésion.

Source : CDC |Delaunay P,Simon L, Boukari F, Oumarou H, Hubiche T, Marty P, Pomares C, et al. Anthrenus sp. and an Uncommon Cluster of Dermatitis. Emerg Infect Dis. 2021;27(7):1940-1943. https://doi.org/10.3201/eid2707.203245

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