Jean-Jacques Olivares

Le formateur Jean-Jacques Olivares est un spécialiste des plantes. Titulaire d’un BTS conseiller agricole, il a très vite découvert l’horticulture, sa véritable passion. Après avoir décroché plusieurs opportunités tout au long de sa carrière, il se consacre désormais à la formation et notamment du certibiocide. Dans une interview exclusive, il nous dévoile sa vision du secteur de la lutte antiparasitaire…

Qu’est-ce qui vous passionne dans l’horticulture ?

Le monde du jardin m’a toujours attiré, j’aime la beauté des fleurs. Je trouve cela magnifique. On ne sait pas vraiment pourquoi on a besoin du végétal autour de nous. Je pense que c’est parce qu’il a une fonction vitale importante avec sa fonction d’oxygénation. Rien que pour le visuel, les odeurs, il y a toute une vertu qu’ont les plantes, sans parler des vertus tisanières, que l’on perçoit de manière instinctive.

Quel a été le tournant de votre carrière ?

En 1999, j’ai fait un CD-ROM sur le jardinage. À cette époque, personne n’avait eu cette idée. Au départ, je voulais le donner aux gens en guise de carte de visite pour faire de la création de jardins. Mais j’ai rencontré le secrétaire général de l’UPJ (Union des entreprises pour la Protection des Jardins), l’organisme de tutelle qui défend les intérêts de la profession au niveau européen. Je lui ai montré mon prototype, il m’a dit qu’il voulait y joindre son logo en contrepartie d’une aide financière.

Du coup, le projet est devenu national. J’ai fait 2000 fiches techniques, cela m’a pris deux ans et demi. Le produit fini a eu un gros succès. J’ai présenté mon travail au salon national du jardin au Bourget. La grande distribution était alors en recherche de supports pour former leurs vendeurs, on peut dire que je tombais à pic. Assez vite, on m’a demandé de former les personnels de plusieurs grandes enseignes.

Je suis tombé amoureux de la formation, et donc, j’ai décidé de créer mon cabinet de formation id2Jardin.

Jean-Jacques Olivares | ©id2Jardin

Comment vous êtes-vous démarqué de vos concurrents ?

Eh bien, je suis le seul centre de formation en structure réelle d’intervention. En fait, je continue à faire de la production. Mais mon établissement horticole n’est plus un centre de production industrielle de végétaux, il est devenu un centre d’applications pédagogiques. Donc lorsque l’on fait de la formation sur la protection des plantes, du certiphyto, on va sur le terrain : je leur montre les végétaux, je leur montre comment il faut tailler…

Concernant les produits biocides et la gestion antiparasitaire, j’ai fait un show-room. Je suis à la fois formateur et un homme de terrain. À chaque fois, j’essaye d’être pratique. Si on regarde ce que font la plupart des centres de formation certibiocide, les gens sont devant des papiers. Chez moi, ce n’est pas comme ça, on fait des simulations. Dans mon public, j’ai entre 60% et 70% de néophytes quand ils arrivent. Ces futurs techniciens hygiénistes ne connaissent rien du tout à la biologie des nuisibles, donc je leur montre au maximum.

Pourquoi cette transition vers le biocide ?

J’ai commencé par faire du certiphyto, donc j’étais agréé. Après, j’ai su qu’il allait y avoir du certibiocide. Comme je suis un ancien formateur de CFPPA, je me suis renseigné et je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas d’école. Qui dit pas d’école dit pas de formateurs.

J’ai donc réalisé un CD-ROM sur l’hygiène. J’ai été le premier à demander mon agrément. Je l’ai eu tout de suite. Comme j’étais dans les premiers à être agréé, on m’a confié des formations un peu atypiques. Par exemple, je forme les désinsectiseurs des avions de Roissy, les démoustiqueurs de Haute-Corse, les égoutiers de la ville de Marseille, j’ai formé des gens de Veolia un peu partout, etc. Cela m’a permis d’avoir une vision nationale de la lutte antiparasitaire, et de découvrir des métiers je ne connaissais pas. De là, je me suis rendu compte de deux choses différentes par rapport à la protection des plantes et qui ont retenu mon attention.

La première, c’est qu’il y a une dimension sociale dans le biocide qui n’existe pas dans le phytopharmaceutique. Dans le phyto, on vous dit qu’il y a 1 hectare de vigne, vous connaissez la biomasse, vous savez qu’il faut tant par hectare, vous mettez le produit homologué, et vous rentrez chez vous. En biocides, vous arrivez dans un foyer de jeunes travailleurs, ce n’est pas la même chose que si vous arrivez dans les égouts de Marseille.

Le deuxième point, c’est le côté chasse. Lorsque vous traitez 1 hectare de pommiers, vous l’avez sous les yeux. Quand vous arrivez quelque part pour traiter des rats, vous ne savez pas s’il y en a 1, 10, 50 ou 100. Il y a donc un côté chasseur dans la gestion des nuisibles.

Dans la lutte antiparasitaire, ce n’est pas les biocides qui comptent vraiment, c’est le diagnostic que fait le technicien hygiéniste. C’est sa manière d’anticiper, de se poster, de mettre des pièges ou des protections, de savoir parler aux clients, d’avoir de la pédagogie… c’est tout ça. Et ça m’a intéressé.

Session de formation | ©Aphybio

Que pensez-vous des Certificats de qualification professionnelle, les CQP ?

C’est une bonne chose. Les CQP indiquent que le professionnel est capable de faire son métier dans les règles de l’art et en respectant les protocoles. Mais je pense que la gestion antiparasitaire est aussi un métier très technique qui va faire intervenir le biocontrôle, qui va nécessiter une analyse très précise en fonction des structures d’accueil (les structures hospitalières, de restauration, les ateliers agroalimentaires… qui n’ont rien à voir avec le particulier).

Je crois à un développement de l’interprofession, et pas uniquement de la profession. Dans le domaine de l’hygiène, vous avez les opérateurs de lutte antiparasitaire qui passent le certibiocide et appliquent des biocides. En face, vous avez des clients. Parmi eux, il y a l’agriculteur qui désinfecte des porcheries. Mais vous pouvez aussi avoir le monde médical avec les hôpitaux et les cliniques, vous avez la restauration, le secteur du tourisme, les hôtels, etc.

On ne peut raisonnablement pas parler de l’hygiène publique en France en se résumant à qualifier les gens à appliquer un produit chimique. Il faut globaliser et inclure les consommateurs dedans, qu’il y ait une interprofession. Par exemple, si on trouve un bactéricide qui va donner une indigestion à la punaise des lits (c’est un projet qui est à l’étude), le monde de la santé peut être intéressé parce qu’ils peuvent l’appliquer. Mais l’hôtellerie sera moins intéressée.

Dans le monde de la lutte antiparasitaire, on est toujours comme il y a 40 ans, où on disait que pour que ça marche, il faut mettre des produits biocides. Par contre, on n’aborde pas du tout la tendance du consommateur final. On n’a pas vu venir le besoin de produits bio, de produits naturels et tout ça. En France, on a quatre cibles principales : les rats, les blattes, les punaises de lit et les fourmis ou les moustiques. Comment se fait-il qu’il n’y ait aucune recherche appliquée officielle ? En phyto, il y a des dizaines de maladies sur des centaines de plantes et il y a des centres de recherche qui sont gérés par les professionnels. En biocides, on sort des gels…

A quoi est-ce que vous attribuez ce défaut de recherche appliquée ?

À la jeunesse de la filière. Les acteurs de la lutte antiparasitaire en ont conscience. Mais malheureusement, il n’y a pas de formation initiale, donc c’est le fabricant de produits biocides qui joue le rôle de conseiller. Si un applicateur 3D est dans le doute, il appelle son fournisseur qui lui dit ce qu’il doit mettre, et lui propose ses produits. C’est un peu comme l’agriculture, il y a quelques années de cela. C’était les mêmes personnes qui géraient tout. C’est le même phénomène en biocides. Il y a 5 distributeurs et vous avez fait le tour de la question.

Quand vous savez qu’on n’autorise encore aujourd’hui en France la distribution de produits biocides sans AMM, alors que pour le rosier de votre voisin, il faut le certiphyto et un produit phytopharmaceutique homologué qui n’est pas en vente libre en magasin, on se rend compte de l’écart qu’il y a.

Que faut-il faire pour améliorer le secteur ?

Il faut former les gens pour leur apprendre à choisir un produit biocide intelligent. Quand je dis un produit intelligent, je parle du bon produit pour la bonne application. Et là je ne parle que du côté produit. C’est ce que j’essaie de faire avec des formations de sensibilisation connexes avec l’association Aphybio.

Retrouvez la suite dans notre prochain article sur l’association Aphybio.

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