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Un moustique fatigué préfère dormir plutôt que de vous piquer

Un moustique fatigué est plus susceptible de rattraper son sommeil que de chercher un repas de sang.
©Andrew Higley
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Nous ne sommes pas les seuls à avoir besoin d’une bonne nuit de repos pour être opérationnel le lendemain. Des chercheurs américains ont découvert que si un moustique est fatigué, il préfèrera rattraper son sommeil que de chercher de la nourriture le jour suivant. La privation de sommeil sera-t-elle un jour une méthode alternative de lutte contre les moustiques ?

Auteur : Hélène Frontier

L’étude, parue dans Journal of Experimental Biology, démontre à quel point dormir est une fonction biologique et vitale, même chez les insectes. La découverte a surpris les chercheurs du College of Arts and Sciences de l’Université de Cincinnati et du Department of Biochemistry de Virginia Tech. Ils pensaient que privés de sommeil ou non, un repas de sang allait intéresser les moustiques. Pourtant, rattraper du sommeil en retard est un phénomène connu. On l’observe chez les humains bien sûr mais aussi chez les abeilles ou encore les mouches des fruits.

Repérer un moustique fatigué

Pour pouvoir étudier le sommeil des moustiques et le comportement des moustiques fatigués, les biologistes ont mis plus d’un an à simplement développer des protocoles.

L’effet observateur

L’effet observateur est un phénomène qui peut affecter le résultat de pratiquement n’importe quelle expérience. En d’autres termes, l’acte d’observation perturbe le système observé. Et cela était particulièrement vrai lors de l’étude du sommeil des moustiques, d’après Joshua Benoit, un biologiste de l’Université de Cincinnati.

En effet, tout moustique qui se respecte est capable de sentir les gens : chaleur corporelle, odeurs, mouvements, vibrations… Sans oublier le dioxyde de carbone que nos poumons expirent et que notre peau émet. Il est donc vraiment difficile de quantifier le sommeil des moustiques quand, dès que vous entrez dans la pièce, c’est le repas qui arrive !

Les chercheurs ont donc mis en place l’expérience dans une partie calme où les moustiques étaient isolés par plusieurs pièces à l’intérieur des pièces. Puis des caméras et des capteurs infrarouges ont pu enregistrer les mouvements des insectes sans les déranger.

Moustique : tu dors ou tu fais une pause ?

Les moustiques du laboratoire dorment beaucoup – entre 16 et 19 heures par jour selon l’espèce et la stimulation qui les entoure. Mais il n’est pas facile de reconnaître un moustique endormi ! En effet, lorsqu’ils ne cherchent pas de nourriture, les moustiques stationnent de longues périodes durant pour conserver leur énergie. Mais les chercheurs ont découvert un signe révélateur que les moustiques étaient endormis. Et c’est assez subtil !

Lorsque les moustiques s’endorment, leurs pattes arrière s’affaissent et leur corps se rapproche de la surface. Clément Vinauger, l’un des co-auteurs de l’étude, a utilisé des observations vidéo pour documenter ce comportement chez plusieurs espèces de moustiques.

Lire également : Des moustiques qui ne peuvent plus nous sentir

Quand les moustiques préfèrent dormir…

L’expérience portait sur trois espèces de moustiques, chacune capable de transmettre des maladies aux humains : Aedes aegypti, qui pique plutôt le jour, Culex pipiens, qui cherche ses repas au crépuscule ; et Anopheles stephensi, qui est plus actif la nuit.

Les chercheurs ont étudié le sommeil et le comportement alimentaire des moustiques pendant environ une semaine après leur acclimatation à leur nouvel habitat expérimental. Ensuite, ils les ont soumis à une privation de sommeil pendant leur heure normale de coucher en faisant vibrer leurs enceintes à intervalles réguliers pendant la journée ou la nuit. Puis, ils ont étudié le comportement alimentaire des moustiques fatigués.

Un étudiant place des moustiques sur une machine qui vibre pour étudier les effets de la privation de sommeil.

Oluwaseun Ajayi place des moustiques sur une machine qui vibre périodiquement | ©Andrew Higley

Avant la privation de sommeil, 75% des moustiques cherchaient un repas de sang. Mais après une nuit blanche, moins d’un quart d’entre eux avaient un intérêt pour la nourriture. La propension à se nourrir a donc diminué de 54% chez les moustiques privés de sommeil.

Un résultat étonnant pour Joshua Benoit qui précise que les moustiques ont besoin de sang pour produire des œufs. Ainsi donc, les moustiques ont bel et bien besoin de rattraper leur sommeil.

Un moustique fatigué est moins susceptible d’atterrir sur un hôte dans les expériences en laboratoire et sur le terrain. Cela suggère que les mêmes comportements se produiraient dans des environnements naturels comme notre arrière-cour ou notre jardin.

Lutte contre les moustiques : et si on les privait de sommeil ?

Le sommeil est lié à des fonctions immunitaires et réparatrices telles que la réparation des tissus et la synthèse des protéines. La recherche a également démontré l’importance du sommeil pour la mémoire et le fonctionnement du cerveau. Ainsi le sommeil est un aspect crucial des organismes vivants, même pour les moustiques.

Joshua Benoit et ses étudiants ont examiné le rôle que joue le sommeil chez trois espèces de moustiques.

Joshua Benoit et ses étudiants ont examiné le rôle que joue le sommeil chez trois espèces de moustiques (de gauche à droite, Lucas Gleitz, Evan Smith, Joshua Benoit et Oluwaseun Ajayi) | © Andrew Higley

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les moustiques causent plus de souffrances humaines que tout autre animal. Le paludisme tue à lui seul plus de 400 000 personnes par an. Et les moustiques sont porteurs d’agents pathogènes pour d’autres maladies mortelles telles que la dengue et la fièvre jaune.

« Il est important de comprendre la dynamique de leur sommeil – quand ils se nourrissent et quand ils dorment », a déclaré Joshua Benoit. En effet, en comprenant les rythmes circadiens des moustiques, les chercheurs espèrent trouver de meilleurs moyens de prévenir les maladies qu’ils provoquent.

Références : Oluwaseun M. Ajayi, Justin M. Marlman, Lucas A. Gleitz, Evan S. Smith, Benjamin D. Piller, Justyna A. Krupa, Clément Vinauger, Joshua B. Benoit. Behavioral and postural analyses establish sleep-like states for mosquitoes that can impact host landing and blood feeding. Journal of Experimental Biology, 2022; DOI: 10.1242/jeb.244032

Source : Université de Cincinnati | Journal of Experimental Biology

 

 

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