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Des nuisibles aux animaux de compagnie…

Une famille heureuse et complète !

Des nuisibles aux animaux de compagnie : perceptions sociales et culturelles des animaux dans les centres urbains en Angleterre après l’époque médiévale (1500 – 1900). En voilà un titre ! Rebecca Gordon de la prestigieuse University College London présente dans cet article les recherches sur les perceptions sociales et culturelles des animaux dans les environnements urbains d’Angleterre. Elle se concentre sur les animaux de compagnie. Qu’est-ce que cela a donc à voir avec les nuisibles ?

Par Hélène Frontier

La chercheuse utilise des preuves archéozoologiques et historiques pour déterminer le moment de l’évolution des perceptions envers les animaux. Et elle met en évidence les facteurs clés du changement dans les relations homme-animal, qu’elle présente chronologiquement.

Des nuisibles aux animaux de compagnie : les raisons de ce thème d’étude

Les perceptions et le traitement des animaux urbains ont changé au fil du temps, passant d’une exploitation à une appréciation de la compagnie animale.

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Autrefois, dans les centres urbains postmédiévaux, les animaux faisaient partie du tissu urbain et cohabitaient avec les habitants des villes. On gardait les chats, les chiens et les cochons en fonction de leurs capacités fonctionnelles : protection de la maison, chasse aux rongeurs, réduction des déchets… Cependant, les perceptions et le traitement des animaux ont évolué au XIXe siècle.

Le mouvement émergent de protection des animaux et la législation ont annoncé un changement dans le nombre d’animaux et les espèces présentes dans les centres urbains. Ils ont également annoncé une modification des relations homme-animal.

De nos jours, nous avons une situation où les gens sont détachés du « bétail » etc… , mais ont développé des liens plus étroits avec des animaux de compagnie (par exemple, chats, chiens, etc.).

Aujourd’hui, les gens ont des liens plus étroits avec les animaux de compagnie, tandis qu’ils sont détachés des animaux d’élevage (bovins, porcs…).

Nuisibles et animaux de compagnie : des preuves zoo-archéologique et historique à l’appui

Les archives archéologiques examinent souvent les ossements d’animaux pour éclairer les activités humaines passées. Certaines caractéristiques aident à interpréter les relations humaines et animales sur les sites fouillés. Cependant, il y a des problèmes d’interprétation en raison de la façon dont on définit un animal de compagnie. En effet, cette définition peut varier selon la période et la région. De plus, la façon dont un animal vivant a été traité peut ne pas refléter la façon dont il a été traité après sa mort.

L’utilisation de l’archéologie pour enquêter sur les relations homme-animal devient difficile dans la période postmédiévale tardive, en raison de la rareté des enquêtes sur les restes fauniques après 1750.

Les documents historiques et les représentations artistiques ont montré que les animaux de compagnie étaient populaires parmi l’élite. Ils étaient des indicateurs de leur statut et de leur identité. Cependant, ces sources ont tendance à se concentrer sur les membres de l’aristocratie et des classes supérieures. Elles ne montrent pas comment les gens des classes inférieures percevaient ces animaux et s’ils les prenaient comme animal de compagnie.

Animaux dans les villes dans la période postmédiévale (1500–1900)

Nuisibles urbains

Vous vous attendez à ce qu’on évoque le rat ? la souris ? le cafard ? Eh bien non ! On va parler chat et chien !

Les doctrines religieuses ont eu un impact important sur les perceptions médiévales des animaux en renforçant la séparation entre humains et non-humains pour se différencier des idéologies païennes. Au début de la période moderne, le fait de posséder un animal de compagnie s’est généralisé, en particulier en milieu urbain, coïncidant avec une nouvelle loi qui classait les animaux de compagnie comme propriété privée.

Cependant, tous les animaux ne bénéficiaient pas de cette considération. Les chats et les chiens étaient considérés comme une nuisance urbaine. Eh oui ! Ils étaient donc couramment abattus en masse. Les chats étaient chassés à courre et abattus lors d’épidémies de peste car ils étaient considérés comme vecteurs de la maladie. Les chiens étaient également abattus en masse lorsqu’il y avait un grand nombre de chiens errants car ils étaient considérés comme sales et indisciplinés. Cependant, les petits chiens et les chiens de chasse étaient épargnés car ils appartenaient aux riches.

Les os d’animaux de chats et de chiens sont fréquemment trouvés désarticulés avec des restes de nourriture. Ils présentent des marques d’écorchage et/ou de démembrement, indiquant leur utilisation comme source de nourriture et marchandise. Même si ce n’était pas fréquent, les chats et ont été consommés pendant les périodes difficiles. À un moment donné, les chiens étaient considérés comme un « mets délicat » et la viande de jeunes épagneuls était privilégiée en Angleterre et en France.

Les changements dans la perception des animaux de compagnie ont donc été marqués par des distinctions entre les animaux qui étaient considérés comme des compagnons et ceux qui étaient considérés comme nuisibles.

Animaux exotiques

L’exploration du Nouveau Monde a ouvert le commerce d’animaux exotiques pour la propriété privée et leur exposition dans des ménageries, des zoos, des expositions et des cirques. Il existe peu de preuves archéologiques d’animaux exotiques. Mais leur présence est une preuve directe de leur importation. Des os de perroquet, de cobaye, de tortue et de singe ont été trouvés dans divers sites archéologiques en Angleterre. Cependant l’interprétation de ces découvertes peut être problématique. En effet, il est difficile de déterminer si les animaux étaient morts ou vivants lors de leur importation. Certains de ces restes peuvent simplement représenter des bibelots ramenés de voyages plutôt que des animaux de compagnie.

Cruauté envers les animaux et moralité

Entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, les traitements cruels envers les animaux se sont poursuivis. On les considérait comme une forme de divertissement. De nombreux événements populaires incluaient souvent des animaux comme attractions, mettant en vedette des ours dansants et des animaux dressés et déformés. On allait également fréquemment voir des combats d’ours, de coqs, de chiens et des massacres de rats.

Ces spectacles ont provoqué une augmentation des préoccupations morales et des discussions philosophiques sur le traitement des animaux. On peut attribuer cela à plusieurs éléments :

  • la pratique de la vivisection (par exemple la dissection d’animaux vivants),
  • une augmentation du développement urbain et de la commercialisation des produits et de la main-d’œuvre animale,
  • et la presse écrite permettant aux personnes d’exprimer leurs opinions sur la cruauté envers les animaux à un public de masse.

L’émergence de l’imprimerie a permis à des publications de représenter des scènes de brutalité animale pour mettre en garde les gens contre la maltraitance des animaux. Certaines transmettaient

Idéologie victorienne

La période moderne a vu la création d’organisations de protection des animaux et l’émergence de débats moraux et éthiques sur l’âme des animaux. Les propriétaires d’animaux ont commencé à considérer leurs compagnons comme des exemples de vertu, reflétant la domesticité et la civilité victoriennes. La mort des animaux de compagnie représentait une grande perte pour la famille, qui cherchait à commémorer leur souvenir de différentes manières. Le plus notoire a été la création de cimetières pour animaux de compagnie au XIXe siècle en Europe et en Amérique. Ces cimetières donnaient aux propriétaires d’animaux de classe moyenne et supérieure l’assurance qu’ils retrouveraient leurs animaux dans l’au-delà.

En dehors des cimetières pour animaux de compagnie, qui étaient rares et réservés aux classes moyennes et supérieures, les gens avaient peu d’options pour enterrer leurs animaux de compagnie. La plupart des propriétaires les auraient enterrés dans leur jardin, jetés dans des fosses à ordures ou dans la rivière. Au XIXe siècle, cette pratique d’enterrement d’animaux de compagnie marque un changement clair dans l’idéologie entourant les animaux.

Les animaux dans la ville moderne

Au fil de l’urbanisation de la Grande-Bretagne, il y a des objections concernant le traitement des animaux d’élevage dans les zones urbaines et les risques sanitaires qu’ils représentaient. Les animaux étaient présents dans de nombreuses sphères du paysage urbain, tels que les laiteries, les équarrissages et les marchés. Les animaux emmenés au Smithfield Market de Londres parcouraient souvent des kilomètres sans nourriture ni eau suffisantes. Ils s’effondraient parfois dans la rue à cause de l’épuisement. Les habitants de Londres devenaient également frustrés par le désordre créé par le bétail urbain. La presse a rapporté des faits d’animaux en fuite, décrivant des dommages sur des biens et des blessures sur des passants.

La réforme de l’assainissement a eu un impact majeur sur la prise de conscience du gouvernement concernant le lien direct entre une mauvaise hygiène et la maladie. Les inquiétudes concernant l’odeur et les maladies potentielles causées par les abattoirs ont finalement mené à la création de la Nuisances Removal Act (1855). On a commencé à remplacer les lieux d’abattage par des abattoirs publics. Et les laiteries urbaines, les porcheries et les marchés de bétail ont fini par disparaître, entrainant ainsi la disparition du bétail urbain.

Discussion et conclusion

Au fil de la période postmédiévale, les attitudes envers les animaux ont évolué, passant d’une perception fonctionnelle à une appréciation de leur compagnie, particulièrement pour les chiens et les chats. Cette évolution s’est produite graduellement, stimulée par la montée des préoccupations morales concernant le bien-être animal, ainsi que par l’idéologie victorienne de la domesticité et de la civilité.

L’urbanisation a également joué un rôle dans cette évolution, en favorisant une perception compartimentée des animaux. Alors que les populations s’enrichissaient, les animaux de compagnie ont gagné en popularité, tandis que le bétail urbain recevait une attention défavorable. Le processus d’urbanisation a également conduit à un divorce avec le monde naturel. Il a suscité des penchants plus favorables envers les animaux tels que les chats, les chiens et les chevaux.

En outre, les réformateurs sociaux ont poussé à la restriction ou au déplacement du bétail urbain vers les banlieues et la campagne en raison de préoccupations d’assainissement. Cependant, de nombreux points/idées soulevés dans cet article restent à explorer plus en détail, comme l’impact des animaux sur l’infrastructure urbaine et la popularité croissante et décroissante des espèces animales.

Source : Papers from the Institute of Archaeology

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