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Les espèces envahissantes, un fléau pour la biodiversité

© Iván Vieito García
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Le congrès mondial de la nature de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) a lieu à Marseille du 3 au 11 septembre 2021. A cette occasion, le CNRS, par la plume de Julien Bourdet, a publié un article intitulé Espèces envahissantes : une catastrophe écologique et économique. En cette circonstance, comment ne pas vous parler de ces espèces exotiques envahissantes qu’il faut contrôler pour conserver la biodiversité ?

Par Hélene FRONTIER

Les espèces envahissantes : portrait

La première cause d’extinction des espèces est la destruction et la dégradation de leurs habitats. La seconde, c’est… les invasions biologiques. C’est ce qu’on apprend dans un article passionnant, dans lequel Julien Bourdet nous explique…

  • Les invasions biologiques regroupent des dizaines de milliers d’espèces de plantes, d’animaux, de champignons, et de microbes.
  • Ces espèces sont terrestres ou aquatiques.
  • Elles sont déplacées hors de leur région d’origine, volontairement ou non, par les activités humaines.
  • Les invasions biologiques sont en expansion.
  • Les impacts touchent tous les domaines, de l’agriculture, au tourisme, en passant par la foresterie, la pêche, ou l’immobilier.
  • Les espèces envahissantes provoquent chaque année des milliards de dollars de dégâts.

Les espèces exotiques envahissantes (EEE) arrivent dans un écosystème et elles s’approprient les ressources des espèces locales. Elles deviennent même des prédateurs de certaines de ces espèces. Tant et si bien que leur présence modifie les écosystèmes.

Pourquoi certaines espèces envahissent

“Comment expliquer le succès de ces espèces dans un environnement où elles n’ont jamais vécu ?”, s’interroge Julien Bourdet à l’unisson avec la communauté scientifique. Plusieurs raisons à cela…

Les espèces envahissantes n’ont pas d’ennemis naturels

Ces ennemis naturels (prédateurs, pathogènes, parasites…) régulent leur population dans leur aire de répartition d’origine. C’est ce qui fait le succès du frelon asiatique sous nos latitudes, par exemple. Cette espèce envahissante n’a pas de prédateurs ici…

Elles sont opportunistes

Cela veut dire qu’elles s’adaptent. D’un point de vue alimentaire, certaines espèces envahissantes mangent de tout. “C’est notamment le cas du rat, cite l’auteur, connu pour dévaster les écosystèmes insulaires”.

Ces espèces sont également flexibles quant à leur habitat. Elles s’adaptent à des conditions de vies variées. De ce fait, elles sont capables de coloniser de nombreux milieux, même dégradés ou anthropisés (comme les villes).

Le commerce international et le tourisme s’accélèrent

On sait depuis longtemps que les invasions biologiques représentent une menace pour la biodiversité mondiale. Deux facteurs facilitent grandement l’introduction des espèces exotiques : le commerce international et le tourisme. Deux phénomènes qui s’accélèrent et qui risquent d’aggraver la situation dans le futur.

La prise de conscience du problème par le public et les décideurs est encore très insuffisante.

Franck Courchamp

Des efforts largement insuffisants

Pour tenter de contrôler l’expansion inexorable des EEE, les scientifiques tentent de comprendre leur fonctionnement. Mais le plus efficace est encore d’intervenir de manière précoce. Les chercheurs consacrent donc beaucoup de temps pour développer de nouvelles méthodes de surveillance des espèces envahissantes et des systèmes de prédictions.

Mais pour Franck Courchamp, du laboratoire Écologie, systématique et évolution, “la prise de conscience du problème par le public et les décideurs est encore très insuffisante”. Malgré les efforts déployés pour ralentir le flux des introductions d’espèces, continue-t-il, “seules 66 espèces exotiques envahissantes sont inscrites sur la liste des espèces préoccupantes par l’Union européenne alors qu’on estime leur présence entre 4 000 et 5 000 en Europe”.

Lire également : Espèces envahissantes et nuisibles, des maires s’engagent !

La France, mauvaise élève dans la régulation des EEE

Pourtant, on trouve sur le site du ministère de l’environnement un plan de stratégie nationale relative aux espèces exotiques envahissantes.

L’objectif général de la stratégie est de protéger les écosystèmes ainsi que les espèces animales et végétales des invasions biologiques. Il faut pour cela renforcer et structurer l’action collective concernant :

  • la prévention et la sensibilisation, la mise en place de dispositifs de surveillance et de réaction rapide,
  • les moyens de gestion sur le long terme, y compris la restauration des écosystèmes, et l’amélioration des connaissances.

Malgré cela, la Commission européenne vient d’adresser à la France une mise en demeure. La France et 17 autres États membres se font tirer les oreilles pour non-respect du règlement du 22 octobre 2014 relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction et de la propagation des EEE. Ce règlement est entré en vigueur le 1er janvier 2015. Il stipule que les pays de l’Union européenne doivent empêcher d’introduire, contrôler ou éradiquer les espèces exotiques qui menacent des écosystèmes, des habitats ou des espèces.

Or, les mauvais élèves n’ont à ce jour élaboré aucun plan d’action pour contrer l’introduction et la propagation non intentionnelle d’espèces envahissantes. Et ce n’est pas la première fois que Bruxelles demande à la France d’appliquer le règlement. Selon un article d’Actu-environnement, “le 27 novembre, la Commission européenne a adressé un avis motivé à la France lui demandant de mettre sa législation nationale en conformité avec le règlement européen, en vigueur depuis 2015, visant à lutter contre la propagation des espèces exotiques envahissantes dans l’Union européenne”.

Les espèces envahissantes ont coûté 1 288 milliards de dollars entre 1970 et 2017

Des dégâts importants à l’environnement et aux fonctions écologiques, une menace pour la santé humaine et… des coûts financiers. Oui, la prise de conscience est insuffisante pour les chercheurs. Ils interpellent donc désormais les pouvoirs publics sur les conséquences économiques des invasions biologiques, explique Julien Bourdet.

Il est cependant difficile de chiffrer les impacts écologiques des EEE. On sait pourtant qu’elles touchent de nombreux secteurs d’activité. Agriculture, tourisme, foresterie, pêcherie, immobilier… aucun domaine n’est épargné.

InvaCost est un projet qui a permis à Franck Courchamp et son équipe de faire une estimation globale du coût économique des invasions biologiques. D’après leurs analyses, elles auraient coûté 1 288 milliards de dollars entre 1970 et 2017. Un coût estimé à 162,7 milliards de dollars pour l’année 2017 et qui aurait donc triplé tous les 10 ans.

En France (…) moins d’une centaine d’espèces envahissantes ont fait l’objet d’étude alors que près d’un millier y sont présentes.

Julien Bourdet

Et ces coûts sont considérablement sous-estimés, selon les chercheurs. En effet, le nombre d’espèces étudiées est largement insuffisant. Il en va de même pour les dégâts répertoriés. Pour la France par exemple, l’équipe a estimé le coût des espèces exotiques envahissantes entre 1,2 et 11,5 milliards d’euros en 25 ans.

Or, ajoute Julien Bourdet, “moins d’une centaine d’espèces ont fait l’objet d’étude alors que près d’un millier y sont présentes”.

D’après les données d’EFSA “le coût pour l’Europe en termes de lutte et d’éradication des espèces exotiques envahissantes et de réparations des dommages qu’elles causent est estimé à plus de 10 milliards d’euros par an”. Un chiffre “qui ne tient pas compte du coût que représentent les principaux agents pathogènes humains ou les foyers épidémiques de maladies animales”.

Et le climat dans tout ça ?

Le changement climatique a-t-il des conséquences sur les invasions ? L’augmentation des températures a-t-elle une influence sur les espèces envahissantes ? Céline Bellard, du laboratoire Écologie, systématique et évolution, cherche à répondre à ces questions. D’après elle, “avec l’augmentation des températures, les espèces envahissantes vont pouvoir conquérir de nouveaux territoires”.

Elle cite ainsi le cas du frelon asiatique ou du moustique tigre qui en Europe remontent de plus en plus vers le nord…

Source : CNRS Le journal | UICN | Actu Environnement | Journal officiel de l’Union européenne | ministère de l’Écologie | EFSA

 

 

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