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Hantavirus à bord du MV Hondius : que révèle ce drame sur les risques en milieu confiné

MV Hondius : foyer d'hantavirus mortel à bord, mai 2026

Depuis le 4 mai 2026, le navire d’expédition MV Hondius, opéré par la compagnie néerlandaise Oceanwide Expeditions, est placé en quarantaine au large des côtes du Cap-Vert. L’OMS a confirmé un foyer d’hantavirus à bord : 3 passagers sont décédés, un quatrième se trouve en soins intensifs. L’ensemble des 170 personnes présentes — passagers et membres d’équipage — est soumis à une surveillance médicale continue. Le navire, parti d’Argentine il y a 3 semaines pour une croisière incluant des escales en Antarctique et aux îles Falkland, n’est pas autorisé à accoster à Praia, la capitale cap-verdienne, afin de protéger la population locale. Si le directeur régional de l’OMS Europe, Hans Kluge, a estimé que « le risque pour l’ensemble du public demeure faible », l’événement constitue néanmoins un signal d’alarme sanitaire fort. Pour les professionnels de la dératisation et de la désinfection, il mérite une lecture approfondie.

Ce que tout professionnel de la gestion des nuisibles doit retenir sur l’hantavirus

L’hantavirus n’est pas un pathogène nouveau, mais il reste sous-estimé dans les argumentaires de prévention en France. Voici les points clés qui comptent pour notre secteur.

  • Le mode de transmission, c’est notre terrain. Le virus ne se propage pas par contact direct entre individus — à l’exception rarissime de la souche Andes, originaire d’Amérique du Sud, précisément impliquée dans cette affaire. Il se transmet par inhalation de particules en suspension issues des déjections, de l’urine ou de la salive de rongeurs infectés. Autrement dit : les excréments de rongeurs dans un espace confiné mal ventilé constituent un vecteur direct de contamination humaine grave.
  • Les réservoirs sont nos cibles habituelles. En Europe, les principales espèces vectrices sont le mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus) et le campagnol roussâtre (Myodes glareolus). En milieu portuaire ou naval, le rat brun (Rattus norvegicus) et le rat noir (Rattus rattus) sont les suspects prioritaires, présents sur l’ensemble du territoire français.
  • La mortalité est élevée. Le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), la forme la plus grave, affiche un taux de mortalité pouvant atteindre 30 à 40 % des cas diagnostiqués selon les données de l’Institut Pasteur. Il n’existe à ce jour ni traitement curatif spécifique, ni vaccin disponible en Europe. Ces données sont consultables sur le site de Santé Publique France.
Rat brun en entrepôt, vecteur potentiel d'hantavirus en milieu confiné

@Rat brun en entrepôt, vecteur potentiel d’hantavirus en milieu confiné

Comment les rongeurs s’introduisent dans les espaces confinés : analyse de terrain

L’hypothèse la plus probable dans le cas du MV Hondius est double : une exposition lors d’excursions à terre dans des zones à fort contact rongeur (Antarctique, îles subantarctiques), ou une introduction à bord via des approvisionnements et des cargaisons, avec contamination des zones de stockage et des systèmes de ventilation.

Ce scénario n’est pas propre aux navires. Il est quotidiennement reproductible dans des environnements que vos clients gèrent : entrepôts logistiques, industries agroalimentaires, bâtiments agricoles, hôpitaux, cuisines collectives. Les modalités d’introduction sont toujours les mêmes :

  • Livraisons non contrôlées : palettes, cartons, caisses en bois en provenance de zones à risque. Le rongeur — ou ses déjections — voyage avec la marchandise. À noter : la présence de mouches en industrie agroalimentaire peut constituer un signal indirect de risque murin, un indicateur à ne pas négliger lors de vos audits de site.
  • Réseaux techniques : gaines de ventilation, faux planchers, canalisations. Ces espaces sont rarement audités, rarement nettoyés, et constituent des couloirs de déplacement privilégiés pour les rongeurs.
  • Ruptures de continuité architecturale : un joint de dilatation non colmaté, une grille d’aération dégradée, un seuil de porte mal ajusté suffisent à ouvrir un accès pérenne.
  • Saisonnalité : les grands froids poussent les rongeurs vers les espaces chauffés. Les livraisons de fin d’année sont historiquement les plus à risque pour les industries alimentaires.

L’erreur classique : confondre absence de signalement et absence de présence. Un client qui ne voit pas de rongeurs — pas de crottes visibles, pas de dégâts apparents — conclut souvent qu’il n’y a pas de problème. Or l’hantavirus peut être excrété par des rongeurs asymptomatiques. La contamination peut survenir sans que l’animal soit jamais observé directement.

Enseignements directs pour la pratique professionnelle en contrôle des nuisibles

Ce drame fournit aux opérateurs plusieurs leviers concrets, tant pour affiner leurs protocoles que pour renforcer leur argumentation commerciale.

  1. Systématiser l’audit des zones de stockage et des réseaux techniques. Dans votre bilan de site, les zones de stockage alimentaire, les locaux techniques et les gaines de ventilation doivent être traités avec la même rigueur que le périmètre bâti visible. L’absence de traces en zone centrale ne dit rien sur ce qui se passe dans les angles morts.
  2. Intégrer la dimension aérosolisée dans vos rapports. Lorsque vous identifiez des foyers de déjections dans des espaces peu ventilés — archives, faux plafonds, gaines techniques — le risque hantavirus doit être explicitement mentionné dans votre rapport d’intervention. C’est une information à valeur médico-légale pour votre client, et un argument de réintervention pour la désinfection.
  3. Protéger vos propres équipes. Le risque hantavirus est un risque professionnel réel pour les dératiseurs. Toute intervention dans un espace confiné présentant des signes de présence rongeur — et a fortiori des nids ou des zones fortement souillées — doit être réalisée avec masque FFP2 ou FFP3, combinaison jetable, et procédure d’humidification préalable des déjections avant tout nettoyage. Ne jamais balayer à sec.
  4. Renforcer l’argumentaire préventif auprès de vos clients. Le MV Hondius offre un cas réel, documenté, avec bilan humain confirmé par l’OMS. Il ne s’agit plus d’un risque théorique. Pour un directeur d’entrepôt ou un responsable QHSE encore hésitant sur l’utilité d’un contrat de surveillance annuel, ce type d’événement change la nature de la conversation. Utilisez-le.
  5. Cibler les contextes à risque élevé. Transporteurs maritimes, entreprises d’import-export, industries agroalimentaires en zone portuaire, campings et structures d’hébergement en milieu rural — ce sont vos interlocuteurs prioritaires pour un discours de prévention hantavirus articulé autour de cette actualité récente.
Cale du MV Hondius en coupe avec zones de stockage et ventilation

@Cale du MV Hondius en coupe avec zones de stockage et ventilation

Points de vigilance en milieu confiné

  • Zones de livraison : inspection systématique des palettes et emballages entrants
  • Réseaux techniques : contrôle annuel des gaines de ventilation et faux planchers
  • Continuité architecturale : audit des ouvertures résiduelles ≥ 6 mm
  • Zones de stockage : recherche de traces même en l’absence de signalement client
  • EPI lors des interventions : FFP2/FFP3 obligatoire en espace confiné souillé
  • Rapport d’intervention : mention explicite du risque hantavirus si déjections détectées
  • Suivi post-intervention : désinfection des zones souillées avant tout nettoyage à sec

Mise en perspective : la dératisation professionnelle comme rempart sanitaire

L’affaire du MV Hondius ne restera probablement pas dans les mémoires comme une grande pandémie. Mais elle illustre avec une clarté rare ce que les professionnels de l’hygiène publique répètent depuis des décennies : le rongeur n’est pas qu’un problème de nuisance ou d’image. C’est un vecteur sanitaire à part entière, capable de provoquer des crises graves dans des environnements que l’on croyait maîtrisés.

Dans un contexte où les donneurs d’ordre exigent des preuves tangibles et où les certifications Certibiocide montent en puissance, cet événement renforce objectivement la légitimité des opérateurs 3D — non comme prestataires de service d’urgence, mais comme acteurs de prévention sanitaire structurelle. C’est précisément ce changement de posture que ce secteur défend. Le MV Hondius en est, malheureusement, la démonstration par l’absurde.

Questions fréquentes

L’hantavirus est-il présent en France ?
Oui. Des cas sont recensés chaque année, principalement dans les zones rurales et forestières (Ardennes, Franche-Comté, Alsace), liés au mulot sylvestre. Le virus de Puumala est la souche dominante en Europe de l’Ouest. Il provoque une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR), généralement moins sévère que la souche impliquée dans l’affaire du MV Hondius, mais pouvant nécessiter une hospitalisation.

Comment protéger ses équipes lors d’une intervention en zone infestée ? Trois règles fondamentales : masque FFP2 minimum (FFP3 recommandé en espace très confiné), humidification des déjections à l’eau javellisée avant tout nettoyage pour éviter la mise en suspension des particules virales, et interdiction absolue de balayer à sec. Combinaison jetable et gants nitrile complètent le dispositif.

Quelles sont les obligations réglementaires en site alimentaire face au risque rongeur ?
Le règlement CE 852/2004 impose des procédures de lutte contre les nuisibles dans tout établissement alimentaire (HACCP). En France, les inspections de la DDPP vérifient notamment la traçabilité des interventions antiparasitaires. Un contrat de surveillance avec un opérateur certifié Certibiocide constitue la réponse conforme et opposable en cas de contrôle.

Sources : OMS (communiqué du 4 mai 2026), France24, Gavi.org, Institut Pasteur, Santé Publique France Publié le 5 mai 2026 — mis à jour selon l’évolution de l’enquête épidémiologique

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