Environnement de travailRéglementaire

Imidaclopride : la bataille invisible derrière les gels appâts

consultation ECHA imidaclopride PT18
@as

La consultation ECHA sur l’imidaclopride en PT18 remet la substitution et les alternatives sur la table. Voici ce qu’il faut retenir pour les usages en appâts (terrain, efficacité, et enjeux pour la profession).

Consultation ECHA imidaclopride PT18 : ce qu’il faut retenir

Du 10 décembre 2025 au 9 février 2026, la consultation ECHA imidaclopride PT18 s’est tenue dans le cadre des substances dont la substitution est envisagée et des conditions de dérogation.

Le périmètre décrit vise notamment des usages en appâts en gel ou en stations d’appât (fourmis, cafards), ainsi que des usages liés à la lutte contre les mouches, pour des applications par les professionnels et le grand public. Le dossier mentionne des critères de type PBT et des effets critiques, avec une préoccupation environnementale incluant la perturbation endocrinienne.

Pourquoi les gels appâts ont changé la donne

Pendant longtemps, la lutte contre les insectes en milieu bâti s’est appuyée sur des traitements de surface : pulvérisations résiduelles sur les murs, les sols, les fissures et les zones de passage. Efficaces à court terme sur les insectes exposés, ces approches avaient un revers connu : de grandes surfaces à traiter, des quantités actives plus importantes, et la nécessité de répéter les applications pour stabiliser la situation.

Depuis plusieurs décennies, la stratégie professionnelle a évolué vers des technologies d’appâts plus ciblées, notamment sous forme de formulations en gel insecticides. L’objectif n’est plus seulement de “toucher” l’insecte visible, mais de viser la population dans son ensemble, avec des méthodes conçues pour limiter la dispersion du produit et réduire le recours à des traitements étendus.

Le vrai enjeu : éviter la rechute

En pleine activité, l’intervention doit composer avec la circulation, le public et des contraintes d’hygiène strictes. Dans ces conditions, le problème n’est pas “d’en voir un” : c’est ce que cela annonce, une dynamique d’infestation qui peut revenir ou s’installer hors champ. Et quand l’action disperse les insectes ou oblige à multiplier les passages, l’intervention peut vite devenir contre-productive.

C’est précisément sur ce point que la profession défend les appâts : ils ne cherchent pas seulement l’effet immédiat, mais un contrôle plus profond, avec des formulations conçues pour être peu répulsives et agir en différé. L’argument avancé est de limiter la dispersion des insectes et de viser le foyer, plutôt que de provoquer un déplacement du problème.

Dans le même mouvement, le secteur met en avant un autre impératif : préserver la possibilité d’alterner les modes d’action afin de limiter la résistance, plutôt que de s’enfermer dans un nombre réduit de familles de produits.

Intervention d'un technicien hygiéniste en milieu sensible (cuisine)

@Intervention d’un technicien hygiéniste en milieu sensible (cuisine)

Le point de friction : ce que la profession veut éviter

C’est ici que les lignes se tendent. La consultation européenne encadre le débat avec ses critères de danger et d’effets critiques. Mais sur le terrain, une autre question s’impose, très concrète : que se passe-t-il si l’on retire des outils utilisés aujourd’hui sous forme d’appâts ?

La CEPA, qui représente le secteur au niveau européen, défend l’idée suivante : la réduction de la “boîte à outils” pourrait pousser certaines interventions à revenir vers des traitements plus étendus et plus répétitifs, donc à une utilisation moins ciblée. 

Elle met en avant, à l’inverse, que les appâts seraient associés à de faibles quantités appliquées et à une exposition plus maîtrisée, précisément parce qu’ils évitent de traiter large. Autrement dit, l’enjeu, selon la profession, n’est pas de nier les exigences réglementaires, mais d’éviter un retour en arrière opérationnel.

La CEPA met aussi en avant l’idée qu’aucune alternative identifiée ne remplirait, à ce stade, les exigences d’efficacité et de fonctionnement attendues pour ces usages d’appâts, dans la logique de l’évaluation comparative prévue par le règlement biocides. 

Sans voix collective, le secteur subit

Dans ce type de dossier, une entreprise seule pèse peu. Une grande part se joue dans la capacité à transformer le terrain en arguments lisibles : usages réels, efficacité, limites des alternatives, conséquences d’un retrait sur les pratiques.

C’est là que la CEPA intervient. Elle organise une position commune, apporte une lecture opérationnelle et défend l’idée que la lutte intégrée a besoin d’une boîte à outils suffisamment large pour rester ciblée et proportionnée, plutôt que de basculer vers des réponses plus étendues faute d’options jugées équivalentes.

Derrière la consultation sur l’imidaclopride en PT18, il y a une question très concrète : garder des interventions ciblées, ou revenir à des traitements plus larges faute d’alternative. Dans ce type d’arbitrage, l’issue se joue aussi dans ce qui est porté collectivement dans ces procédures

  • Consultation ECHA : imidaclopride (PT18), du 10 décembre 2025 au 9 février 2026.
  • Dossier rattaché à une logique “substitution envisagée” et à des critères de danger (PBT) et d’effets critiques (préoccupation environnementale, dont perturbation endocrinienne).

ÉCRIVEZ-NOUS
Avez-vous des nouvelles sur le secteur 3D,  que vous souhaitez partager avec nous? 
communication@hamelin.info

 

Vincent Ergen
Vincent Ergen Contributeur

Que pensez-vous de cet article?

J'aime
0
Bravo
0
Instructif
0
Intéressant
0

Découvrez aussi

commentaires clos