Et si le DEET attirait les moustiques au lieu de les repousser ?

Une étude publiée en mai 2026 dans le Journal of Experimental Biology montre que des moustiques Aedes aegypti peuvent apprendre à associer l’odeur du DEET à une récompense alimentaire, au point de modifier leur réaction à ce répulsif. Un résultat spectaculaire, mais obtenu après conditionnement en laboratoire. Au-delà du DEET, l’étude met surtout en lumière un enjeu plus large pour la lutte antivectorielle : la plasticité comportementale des moustiques face aux moyens de protection.
Ce qu’il faut retenir
- Une étude publiée en mai 2026 montre que des moustiques Aedes aegypti peuvent apprendre à associer l’odeur du DEET à une récompense alimentaire
- Le conditionnement inverse leur réaction naturelle d’évitement chez les individus entraînés en laboratoire : une proportion importante des moustiques conditionnés adopte alors une réponse de tentative de piqûre en présence du DEET seul.
- Il s’agit d’un phénomène d’apprentissage comportemental, à ne pas confondre avec une résistance biologique au DEET
- L’étude ne démontre pas de perte d’efficacité généralisée du DEET en conditions réelles d’utilisation
- Le respect des modalités d’application et de réapplication propres à chaque produit reste essentiel pour maintenir son efficacité.
Sommaire
Pourquoi le DEET reste un répulsif de référence contre les moustiques
Le DEET, ou N,N-diéthyl-méta-toluamide, est utilisé depuis plusieurs décennies pour prévenir les piqûres d’insectes. L’étude de 2026 le présente elle-même comme le « gold-standard repellent », autrement dit le répulsif de référence.
En France, les répulsifs cutanés font toujours partie des moyens de protection recommandés contre les piqûres, en complément notamment des vêtements couvrants, des moustiquaires et de la réduction des gîtes larvaires.
Comment Aedes aegypti apprend à modifier sa réponse au DEET
L’équipe, principalement rattachée à l’Institut de recherche sur la biologie de l’insecte (IRBI), unité CNRS–Université de Tours, avec la participation de Clément Vinauger de Virginia Tech, a travaillé sur Aedes aegypti. Les chercheurs ont utilisé un principe classique de l’étude du comportement animal : le conditionnement pavlovien. Lorsqu’un stimulus est associé de manière répétée à une récompense, un animal peut apprendre que ce signal annonce quelque chose de positif.
Les moustiques ont été entraînés individuellement à associer le DEET à un repas sanguin, puis, dans une seconde expérience, à une solution sucrée. Après cette phase de conditionnement, le DEET était présenté seul afin d’observer si sa seule présence pouvait déclencher la réponse apprise. Cette réponse était notamment évaluée grâce à la Biting Attempt Response (BAR), ou « réponse de tentative de piqûre ».
Ce que l’étude montre — et ce qu’elle ne montre pas
Le résultat central concerne la valence du DEET, c’est-à-dire la valeur positive ou négative associée à ce stimulus. Initialement aversif, le répulsif peut, après avoir été associé à une récompense, déclencher chez les moustiques conditionnés une réponse appétitive.
L’expérience montre ainsi que l’apprentissage peut modifier la réponse comportementale d’Aedes aegypti au DEET.
Elle ne permet pas, en revanche, de conclure que les moustiques deviennent spontanément attirés par le répulsif dans la nature. Le phénomène a été observé dans des conditions expérimentales précises, dont l’importance en situation réelle reste à déterminer.
Apprentissage ou résistance au DEET : quelle différence ?
Pour les professionnels de la lutte antivectorielle, cette distinction est essentielle. L’étude de Tours décrit un phénomène d’apprentissage comportemental : le moustique détecte un stimulus et apprend à lui attribuer une valeur différente. La résistance correspond à une problématique différente, qui implique une diminution de sensibilité reposant sur des mécanismes biologiques.
| Phénomène | Principe |
| Répulsion | Le moustique évite un stimulus |
| Apprentissage | L’expérience acquise modifie sa réponse |
| Résistance | Des mécanismes biologiques diminuent la sensibilité à une substance |
Une modification comportementale obtenue après conditionnement ne doit donc pas être automatiquement interprétée comme une résistance au DEET.
DEET et moustiques : ce que montrent les recherches françaises
La question de la variabilité de la réponse aux répulsifs est déjà étudiée en France. Le projet TARGET, présenté par l’Anses, s’est notamment intéressé à plusieurs facteurs susceptibles d’influencer l’efficacité des répulsifs chez Aedes aegypti, Aedes albopictus et Anopheles gambiae.
En 2018, des chercheurs de MIVEGEC (IRD, CNRS, Université de Montpellier) et du CEFE ont étudié chez Anopheles gambiae l’effet d’expositions successives au DEET. Dans les conditions testées, une première exposition n’avait pas diminué l’efficacité du répulsif lors d’une seconde exposition.
La même année, une autre étude menée par ces équipes sur Anopheles gambiae et Aedes albopictus a montré que l’âge pouvait également influencer la réponse au DEET, avec une inhibition du repas sanguin plus marquée chez les femelles les plus âgées.
Quels enseignements pour les professionnels de la lutte antivectorielle ?
Ces travaux ne conduisent pas, à ce stade, à modifier les recommandations d’utilisation du DEET. Leur intérêt est surtout méthodologique : la réponse à un répulsif ne dépend pas uniquement de la substance elle-même ou de sa détection par le moustique.
Ces différents travaux invitent à prendre en compte plusieurs caractéristiques de l’insecte dans l’évaluation des répulsifs : l’espèce, l’âge, l’état physiologique ou encore l’expérience acquise.
Pour les professionnels de la lutte antivectorielle, l’enjeu est donc moins de remettre en cause un répulsif que de mieux intégrer cette variabilité comportementale dans son évaluation.
Apprentissage des moustiques face au DEET : que reste-t-il à confirmer sur le terrain ?
Deux questions restent ouvertes. La première concerne les conditions expérimentales. Les moustiques ont été soumis à un conditionnement conçu en laboratoire. Il reste donc à déterminer si des associations comparables peuvent se former dans l’environnement naturel et, surtout, si elles sont suffisamment fréquentes pour modifier la réponse à un répulsif en situation réelle.
La seconde concerne l’espèce étudiée. Les travaux portent sur Aedes aegypti, alors qu’en France métropolitaine les enjeux de lutte antivectorielle concernent surtout Aedes albopictus. Un comportement observé chez une espèce ne peut pas être automatiquement transposé à une autre.
La question centrale est désormais de savoir quelle importance cette capacité d’apprentissage peut réellement avoir dans les conditions d’exposition rencontrées sur le terrain.
Source : Journal of Experimental Biology
FAQ
Le DEET est-il toujours efficace contre les moustiques ?
Oui, le DEET reste le répulsif de référence contre les moustiques. L’étude de 2026 ne remet pas en cause son efficacité en conditions normales d’utilisation, à condition de renouveler l’application régulièrement.
Les moustiques peuvent-ils devenir résistants au DEET ?
Non, pas au sens biologique du terme d’après cette étude. Le phénomène observé est un apprentissage comportemental : les moustiques conditionnés modifient leur réaction, mais ne perdent pas leur capacité à détecter le DEET.
Faut-il renouveler l’application du DEET plus souvent qu’avant ?
Les recommandations d’usage restent inchangées. Mais l’étude rappelle qu’une concentration de DEET trop faible, plusieurs heures après application, perd en efficacité — d’où l’importance du renouvellement régulier.
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