Biodiversité

Quand la nature est un loup pour elle-même

Gestion des espèces invasives
@as

L’actualité est très riche sur le plan sanitaire notamment avec le développement des maladies exotiques comme le chikungunya sur le sol hexagonal. Focus sur les nouvelles espèces envahissantes.

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Pourquoi la gestion des espèces invasives est devenue un enjeu sanitaire majeur

La liste des espèces auxquelles les professionnels s’adressent au quotidien est déjà très longue allant des rongeurs commensaux, des insectes ou encore des microbes en milieu sensible. La régulation de ces espèces est un enjeu clé pour la protection de la santé publique et, en premier lieu, la protection de la santé de l’Homme et de son milieu de vie. Mais elles ne sont pas les seules.

Le rythme d’introduction de nouvelles espèces envahissantes est soutenu, leur impact devient rapidement fort et la connaissance que nous en avons est souvent faible. L’arrivée d’une nouvelle espèce sur notre territoire n’est que très rarement accompagnée d’un encadrement administratif adéquat qui permettrait de réagir précocement pour éviter l’invasion biologique.

Même si finalement peu d’espèces introduites réussissent à s’installer durablement (sur 1 000 espèces transportées, 10 réussissent une invasion biologique dans leur nouvel environnement), leur progression est silencieuse et les professionnels 3D sont en première ligne. d’où l’importance de mieux les connaître. 

Comment les nouvelles espèces envahissantes arrivent-elles en France ?

La mondialisation des échanges commerciaux et l’essor du transport maritime constituent une voie importante d’introduction. Discrètes, ces espèces sont accidentellement chargées puis déchargées à destination avec très peu d’indices de présence.  Cela a notamment été le cas du frelon asiatique en 2004. Ce phénomène d’arrivée peut également être lié au trafic mondial d’espèces exotiques ou à la volonté de l’homme d’introduire un nouveau prédateur (coccinelle asiatique) ou d’enrichir l’écosystème. La politique actuelle visant à végétaliser le milieu urbain s’appuie parfois sur la plantation d’espèces végétales exotiques.

Frelon asiatique à pattes jaunes sur une feuille

@Frelon asiatique à pattes jaunes sur une feuille

Nous ne parlons ici que des espèces animales mais il va de soi que cette même compétition s’instaure avec les espèces végétales posant les mêmes enjeux sur le plan de l’impact sur la biodiversité locale. Dans un contexte de réchauffement climatique, les conditions sont plus favorables à l’installation durable de ces espèces venues d’ailleurs. Ces conditions sont également propices à l’expansion d’espèces déjà présentes.

En Europe et plus particulièrement en France, la liste des espèces préoccupantes s’allonge chaque année, comme en témoignent l’arrivée du frelon asiatique et du moustique tigre dans les années 2000. Le frelon occasionne de lourdes pertes à la filière apicole mais aussi à la biodiversité d’entomofaune beaucoup plus silencieuse (1 abeille sur 3 disparaît à cause du frelon asiatique). Le moustique tigre affiche encore ces dernières semaines un impact épidémique sans précédent avec la multiplication des cas de chikungunya autochtones sur le territoire. 

D’autres espèces dont on parle moins ne sont pas en reste. La perruche à collier s’étend durablement sur notre territoire en occupant la niche écologique de nombreuses autres espèces d’oiseaux autochtones. La fourmi d’Argentine, la fourmi de feu ou encore la fourmi électrique s’installent durablement sur le sol européen. Selon l’IPBES, « les coûts mondiaux des invasions biologiques dépassent 423 milliards de dollars par an, et ont quadruplé chaque décennie depuis 1970. » 

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Le rôle des professionnels 3D dans la gestion des espèces invasives

Cette facture n’intègre pas forcément les dégâts causés par des espèces déjà installées qui prolifèrent pour de multiples raisons et surtout par manque d’encadrement administratif et de volonté politique. Le ragondin a un impact sur le milieu naturel et agricole sans précédent. Le fort développement des tiques provoque un nombre très important de cas de maladie de Lyme en France (entre 50 000 et 75 000 cas humains chaque année). 

Secteur 3D à la rescousse

Le rôle des professionnels 3D dans la gestion de ces nouvelles espèces est crucial. En effet, notre profession est la mieux placée pour détecter tout nouvel arrivant animal et revêt donc un rôle de sentinelle des milieux et des futurs risques sanitaires. Pour cela, il faudrait que la réglementation s’adapte vite pour classer ces nouvelles espèces et permettre aux professionnels d’agir sur le terrain. Mieux vaut prévenir que guérir.

Les produits biocides de régulation ont donc toute leur place dans la boîte à outils des professionnels. En effet, ces derniers sont formés pour utiliser ces solutions de manière spécifique. Au moindre doute, comportement particulier, espèce jamais observée, le professionnel doit alerter les autorités, les instituts techniques ou encore un syndicat professionnel comme Prosane. 

Réglementation et gestion des espèces invasives : un cadre encore insuffisant

Pour plus d’efficacité, les professionnels doivent bénéficier d’un processus de formation continue sur ces nouvelles espèces. Enfin, une collaboration accrue doit être mise en œuvre entre les autorités, les professionnels, les scientifiques mais aussi les fabricants de solutions de régulation de ces espèces. Œuvrons pour que notre profession soit écoutée et que le cadre administratif corresponde à la réalité du terrain. Il en va de la protection de la biodiversité et de notre santé.

La prévention, la détection précoce et la réponse rapide assurée par les professionnels 3D sont les stratégies les plus efficaces et les plus rentables pour gérer les invasions biologiques. « Il faut agir vite, dès que le foyer commence à se former, sinon c’est trop tard », estime Franck Courchamp, écologue au CNRS et au Collège de France. Il y a un consensus scientifique sur l’importance capitale de la prévention et de l’action précoce lors de la détection d’une nouvelle espèce.

Or, 90% de l’investissement actuel dans la lutte contre les espèces animales envahissantes est fléché sur les conséquences (santé, restauration des habitats, lutte curative), alors que seulement 10% sont dévolus à la prévention. Un non-sens quand on sait que la menace sur la biodiversité grandit chaque année et fait de ces espèces un des grands piliers de la sixième extinction de masse.

37 000espèces exotiques recensées dans le monde (IPBES, 2023).

3 500sont considérées comme nuisibles et envahissantes.

423 milliards de dollarsle coût annuel des invasions biologiques pour l’économie mondiale.

12 milliards d’euros le coût annuel des invasions biologiques estimé par l’Union européenne.

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